Quotas: Les pêcheurs aussi sont en voie de disparition

PECHE A bord du Maria Magdalena, les pêcheurs de Boulogne-sur-Mer regrettent parfois des quotas qu'ils jugent peu adaptés...

A Boulogne-sur-Mer, Audrey Chauvet

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Les chaluts du Maria Magdalena sont équipés de mailles carrées et de bourrelets pour préserver l'environnement, à Boulogne-sur-Mer le 5 avril 2012.
Les chaluts du Maria Magdalena sont équipés de mailles carrées et de bourrelets pour préserver l'environnement, à Boulogne-sur-Mer le 5 avril 2012. — A.Chauvet - 20 Minutes

Petit poisson deviendra grand… Sauf s’il se prend dans les filets du Maria Magdalena. Ce chalutier de Boulogne-sur-Mer (Nord) pêche, selon la saison, harengs, maquereaux ou merlans. Cette semaine, ce sont les encornets que Vincent Walogne, «patron armateur», espère rapporter après une nuit en mer. Alors que le port de Boulogne s’éloigne, Vincent explique que depuis qu’il a repris l’activité avec son frère il y a une vingtaine d’années, certaines populations de poissons ont bénéficié de l’instauration de quotas: «Il y a quinze ans, on nous a interdit de pêcher le hareng. Aujourd’hui il y en a une concentration phénoménale de Berck à Gris-Nez mais nous n’obtenons pas d’augmentation des quotas.»    

Contrôles croisés et mailles carrées

Destinés à permettre aux espèces menacées de se reproduire, les quotas sont souvent source de mécontentement: basés sur des analyses scientifiques dont les données ont un ou deux ans de décalage avec la réalité, ils sont souvent inadaptés à ce que relèvent les pêcheurs dans leurs filets et ne sont pas respectés aussi scrupuleusement par tous les pays. A Boulogne-sur-Mer, on accuse les pêcheurs hollandais de venir piller la mer avec des bateaux bien plus puissants que les chalutiers traditionnels. «On est hyper contrôlés, explique Vincent Walogne. Tout ce qui est débarqué est comptabilisé par la Direction des pêches et nous avons un système électronique à bord qui envoie en direct ce que nous prenons.» Un contrôle croisé qui devrait éviter aux poissons de passer entre les mailles du filet. «Les amendes sont très lourdes en cas de dépassement des quotas ou de maillage non réglementaire», poursuit le pêcheur.

A quelques miles des côtes, on met à l’eau les chaluts, étudiés pour ne pas attraper les poissons juvéniles et les espèces non ciblées. C’est au centre d’essais de l’Ifremer à Boulogne qu’ont été élaborées les mailles carrées, devenues obligatoires en Manche: «Elles maintiennent une ouverture constante et permettent aux petits poissons de s’échapper», assure Grégory Germain, ingénieur chercheur à l’Ifremer. Mais après trois heures à racler les fonds, lorsque les marins remontent le filet devant une nuée de goélands avides, nombre de petits poissons pris au piège atterrissent sur le pont du Maria Magdalena avant d’être rejetés à la mer. Un gaspillage de ressources naturelles que l’Union européenne voudrait interdire: «On nous dit qu’on va nous les racheter pour faire des granulats pour les poissons d’élevage mais on ne sait pas à quel prix, et pour nous c’est du travail en plus», s’inquiète Vincent Walogne, qui a déjà dû réduire son équipage à cinq personnes pour affronter la hausse du prix du gasoil.

Le prix du gasoil, principal souci des pêcheurs

Malgré les difficultés financières, les pêcheurs sont conscients de la nécessité de préserver la ressource, mais trouvent que les autorités s’inquiètent plus du sort du poisson que du leur: «Au cours des vingt dernières années, nos capacités nationales de pêche ont été réduites de 50%, déplore Pierre-Georges Dachicourt, président du Comité national des pêches maritimes et des élevages marins (CNPMEM). Sur les quotas alloués à la France, 40.000 tonnes restent inutilisées parce que nous n’avons plus les moyens techniques de les pêcher», alerte-t-il, réclamant des aides pour l’achat de bateaux neufs et des quotas assurant la viabilité économique des pêcheries.

De retour au port, à 4h du matin, les marins n’ont encore pas fini de travailler: ils doivent aller faire le plein de gasoil et décharger le poisson, qui sera vendu le matin même à la criée à un prix dépendant de l’arrivage du jour. Au jeu de l’offre et de la demande, les espèces «de saison» ne valent pas grand-chose. En revanche, à la pompe, le prix des 2.000 litres de gasoil quotidien grimpe sans arrêt. «On ne sort plus en mer si on n’est pas sûrs de faire une bonne pêche», témoigne Vincent Walogne. Plus que les filets sophistiqués, ce sera peut-être la flambée du pétrole qui accordera un peu de répit aux poissons.