Comment sauver la «sauvagitude» des rivières?

ENVIRONNEMENT Entre barrages et pollutions, il n'existe presque plus de rivières sauvages en France...

Audrey Chauvet

— 

La rivière Rizzanese, en Corse, en 2006.
La rivière Rizzanese, en Corse, en 2006. — Philippe Hays / Rex Fea/REX/SIPA

Sur les quelque 50.000km de rivière qui coulent en France, 7% sont en très bon état écologique et 10% environ sont encore «sauvages». Pour mettre en valeur ce capital naturel, qui rend de nombreux services de maintien de la biodiversité ou de tampons en période de crues, un Fonds pour la conservation des rivières sauvages a été créé en 2010 par plusieurs associations, dont le but est de nouer des partenariats avec les institutions publiques comme les agences de l’eau et les entreprises privées  pour préserver les rivières et restaurer les sites endommagés.

Quatre rivières candidates au label «Rivières sauvages»

Mais qu’est-ce que c’est, exactement, une rivière «sauvage»? Une rivière sans barrage? «Pas si c’est un castor qui l’a fait», plaisante Roberto Epple,  président du Fonds. «Une rivière est sauvage quand on peut boire son eau, manger ses poissons, qu’on trouve plein d’animaux sur ses rives et qu’on entend les rires des enfants au bord.» Bucolique, mais pour attribuer le label «Rivières sauvages» en cours d’élaboration, le Fonds se basera sur des critères plus rigoureux: lit non détourné, nombreuses espèces de faune et de flore, eau propre, peu exploitée par l’homme…

Quatre rivières françaises sont déjà candidates au label, qui sera attribué pour la première fois à l’automne. Parmi elles, le Chéran, en Rhône-Alpes, qui lutte pour restaurer sa population de truites fario, la Vis, en Languedoc-Roussillon, qui résiste contre la tentation de pomper ses eaux claires pour alimenter Montpellier et Nîmes, ou encore la Valserine et la Semine, affluents du Rhône, ponctuées de quelques barrages.

Des barrages qui ne barrent pas la route des poissons

Des barrages qui n’empêchent pas la rivière de répondre aux critères de «sauvagitude» du label: «On peut trouver les conditions pour avoir de la "bonne" hydroélectricité, explique Martin Arnould, chargé de programme «Rivières vivantes» au WWF France, par exemple en n’utilisant que la moitié de la largeur de la rivière, ou en respectant le débit naturel du cours d’eau.» Inventer des barrages moins nuisibles pour concilier la production hydroélectrique, l’énergie renouvelable la plus productive actuellement en France, et la préservation des écosystèmes: les associations comptent sur les ingénieurs pour prendre en compte les contraintes environnementales, comme cela  a été fait pour le barrage de Poutès, en Haute-Loire, qui a «rendu le Haut-Allier aux saumons.» Mais il faudrait peut-être aussi s’interroger sur la nécessité de certains barrages: en Corse, un barrage a «dévasté» le Rizzanese pour produire 80 GWh par an qui serviront «à faire marcher les chauffages électriques et les climatisations dans l’île», déplore Martin Arnould.