L'épandage de pesticides par avion autorisé pour sept produits

AGRICULTURE Des avions pourraient survoler les champs de maïs, de riz, de bananes ou des vignes, après une circulaire du ministère de l'Agriculture...

Audrey Chauvet

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Epandage de pesticides sur des bananiers en Guadeloupe.
Epandage de pesticides sur des bananiers en Guadeloupe. — SIPA

Quatre fongicides, un insecticide et un stimulateur de défenses naturelles pour les bananes et le riz pourraient bientôt tomber du ciel. Dans une circulaire datée du 5 mars, dont Le Monde s’est fait l’écho le 23 mars dernier, le ministère de l’Agriculture autorise les directions régionales et départementales de l’agriculture à accorder des dérogations pour vaporiser ces produits par voie aérienne, contrairement aux principes adoptés par la loi Grenelle.

Des dérogations «plus strictes et plus encadrées» selon le ministère

Toutefois, rien n’interdit au ministère d’établir des dérogations: la loi Grenelle II prévoit que lorsque l’épandage aérien «présente des avantages manifestes pour la santé et l'environnement par rapport à une application terrestre», ce mode de traitement peut se faire «dans des conditions strictement définies par l'autorité administrative pour une durée limitée» et après avoir reçu l’accord de plusieurs commissions environnementales.

Les sept pesticides pouvant faire l’objet de dérogations ont été évalués par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation et de l’environnement (Anses). Une seconde liste comprenant seize produits en cours d'évaluation par l'Anses, devrait être finalisée avant le 31 mars. Le ministère de l’Agriculture a déclaré que cette circulaire prévoyait des «conditions de dérogation plus strictes et plus encadrées pour 2012»: «On ne pourra plus utiliser tous les produits sur le marché mais seulement des produits évalués pour l'usage aérien par l'Anses», a précisé le ministère à l’AFP.

Abeilles à l’abri

Mais pour les écologistes, il s’agit là d’un contournement des lois Grenelle: «On peut prendre tous les principes et dispositions générales qu'on veut dans une loi, mais si on les contourne tout de suite par un système dérogatoire, ça ne va pas du tout,  estime François Veillerette, porte-parole de l’association Générations Futures.  On donne finalement en France des dérogations pour à peu près toutes les cultures qui utilisent traditionnellement la pulvérisation aérienne, le maïs, la vigne, la banane dans les territoires d'outre-mer.»

Le problème de l’épandage aérien, c’est qu’il touche bien souvent plus large que sa cible: habitations, cultures bio ou ruches à proximité des champs traités risquent de recevoir une part non négligeable des pesticides. Claudine Joly, de France Nature Environnement, demande ainsi que les apiculteurs soient «prévenus 24 heures avant l'épandage pour pouvoir mettre leurs ruches à l'abri».