Mauvaises notes pour les candidats sur le thème de la biodiversité

EXCLUSIF L'association Humanité et biodiversité dévoile les résultats de son questionnaire envoyé aux candidats à la présidentielle...

Audrey Chauvet

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Evaluation des propositions des candidats à l'élection présidentielle 2012 en faveur de la biodiversité.
Evaluation des propositions des candidats à l'élection présidentielle 2012 en faveur de la biodiversité. — IDE - Humanité et biodiversité

Quatre thèmes, 31 questions, deux mois pour plancher sur les réponses mais les copies déçoivent. Les réponses données par sept candidats à l’élection présidentielle sur le thème de la biodiversité ne sont pas à la hauteur des enjeux, déplore l’astrophysicien Hubert Reeves, président de l’association Humanité et biodiversité, à l’initiative de ce questionnaire auquel tous les candidats ont répondu à l’exception de Marine Le Pen (Front national) et Philippe Poutou (NPA).

>> Posez vos questions à Hubert Reeves, il vous répondra ce mercredi à 13h30

Attention à ne froisser personne

Ambition, réalisme des propositions et maîtrise techniques des enjeux: aucun candidat ne se démarque réellement sur les trois critères de notation malgré une importance croissante accordée aux questions environnementales. «Le sujet reste confiné dans une niche écologique, déplore Christophe Aubel, directeur d’Humanité et biodiversité.  Les politiques en parlent mais font surtout attention à ne froisser personne.»

Ainsi, peu de candidats affichent la préservation de la biodiversité parmi leurs priorités. Seuls Eva Joly (EELV) et Jean-Luc Mélenchon (Front de gauche) sont au-dessus de la moyenne (fixée à 1,5 sur 3). «Heureusement qu’Eva Joly a un bon score, car c’est son cœur de métier, commente Christophe Aubel. Alors que nous n’attendions pas trop Mélenchon là-dessus, il en parle de plus en plus.» Aucun des autres candidats ne considère réellement la biodiversité comme un facteur pour relancer la croissance, ni ne s’engage à rompre avec les modèles inefficaces, et même néfastes, pour la préserver.

Les poids lourds de l’élection déçoivent

Les candidats, même bien intentionnés, manquent cruellement de réalisme: comment financer les mesures en faveur de la biodiversité ou faire passer des décisions parfois impopulaires… «On attendait d’eux qu’ils sachent comment atteindre les objectifs qu’ils se fixent», rappelle Christophe Aubel. Pourtant, aucun n’atteint la moyenne sur ce critère: Jean-Luc Mélenchon est à 1,2, Eva Joly et Nicolas Sarkozy (UMP) sont autour de 1,1, tandis que François Hollande (PS) frôle le 0,9. «C’est décevant de la part des poids lourds de  cette élection: Sarkozy expose le bilan du Grenelle de l’environnement sans aller plus loin et ne semble tirer aucune leçon de l’expérience acquise. Hollande est d’une extrême prudence et ne s’engage pas», commente Christophe Aubel.

Quant à la maîtrise technique des sujets, elle reste mauvaise.  Eva Joly et Nicolas Sarkozy passent la moyenne, mais Jean-Luc Mélenchon et François Hollande sont autour de 1 tandis que les autres candidats sont loin derrière. «Plusieurs parlent d’agences de la nature, mais aucun ne pense à s’appuyer sur les collectivités territoriales ou à évaluer les politiques publiques à l’aune de leur impact sur la biodiversité», commente le directeur d’Humanité et biodiversité.

«Un moyen de construire le monde du XXIe siècle»

Ainsi, la prise en compte de la trame verte et bleue dans les grands travaux n’est pas vue par les candidats comme le modèle à suivre,  alors que la plupart d’entre eux ont pris conscience des dangers de l’artificialisation des sols. La protection du patrimoine naturel est un sujet complètement délaissé: aires protégées, coexistence avec les espèces sauvages, comme l’ours ou le loup, et plans de restauration d’espèces en danger sont autant de sujets polémiques que les candidats ont tendance à survoler. Même réaction sur la pêche, l’agriculture et la chasse: pour ne pas risquer de perdre des électeurs, les politiques restent très prudents.

Enfin, dans le domaine de la fiscalité et du financement des propositions, Eva Joly avec sa taxe sur le béton et Jean-Luc Mélenchon avec la création d’un fonds biodiversité se démarquent, mais aucun ne prend d’engagement pour la première loi de finance qu’il élaborera. «Ils passent à côté du fait que la protection de la biodiversité peut être un moyen de construire le monde du XXIe siècle», regrette Christophe Aubel,  qui espère que les citoyens prendront les rênes sur ce sujet, forçant les politiques à prendre le train en marche dans les prochaines années.

Retrouvez l’intégralité des réponses sur www.humanite-biodiversite.fr, le nouveau réseau social de l’association.