Hubert Reeves: «Les politiques n'ont pas pris conscience de la gravité de la situation»

INTERVIEW Le président de Humanité et biodiversité commente les réponses apportées par les candidats à la présidentielle aux questions posées par son association sur leurs programmes pour protéger les espèces et les écosystèmes...

Propos recueillis par Audrey Chauvet

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Hubert Reeves, président de l'association Humanité et biodiversité, en mars 2011.
Hubert Reeves, président de l'association Humanité et biodiversité, en mars 2011. — LAMACHERE/BALTEL/SIPA

On peut être astrophysicien et se pencher vers le sol pour y observer les vers de terre. Hubert Reeves, président de l’association Humanité et biodiversité, a fait sienne la cause des espèces et des écosystèmes menacés. Pour 20 Minutes, il commente les réponses des candidats à la présidentielle au questionnaire envoyé par l’association.

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Avez-vous été déçu par les réponses des candidats?

Globalement, je dirais «peut mieux faire». Le point positif, c’est que le questionnaire a été pris au sérieux par beaucoup d’entre eux. C’est peut-être le plus important,  même si ce ne sont que des paroles pieuses. La biodiversité devient un vrai sujet, ce qui n’est pas si facile car les effets insidieux de la disparition des vers de terre ou des papillons ne sont pas aussi visibles que le réchauffement climatique par exemple. Le questionnaire a agité les gens, et l’agitation laisse des traces. Le côté négatif, c’est que l’ensemble des réponses est décevant si on le met en rapport avec l’urgence de la situation. Beaucoup de politiques n’ont pas pris conscience de la gravité de la situation. Or il est capital d’agir, car c’est la vie humaine toute entière qui en dépend.

Qu’est-ce qui a pêché dans les réponses?

C’est la distance entre les intentions et leur application technique: les projets doivent s’intégrer dans des dynamiques politiques et ne pas rester dans le flou. Nous voulions savoir comment concrètement ils allaient trouver de l’argent, comment faire accepter des décisions parfois impopulaires, et là nous n’avons pas eu de réponses. Ils restent bloqués par tout ce qu’implique la politique, y compris ménager certains électorats, comme les chasseurs ou les agriculteurs.

Il ne faut donc pas compter sur les politiques pour faire bouger les choses?

Je compte plus sur les collectivités territoriales et les ONG. Le pouvoir du politique est limité et ils ne sont pas dans l’action concrète. Ce sont les locaux qui agissent et les politiques suivront. Les choses se feront subtilement, par une évolution lente des mentalités qui se soldera au fur et à mesure par des gestes concrets.