Emmanuel Poilane: «Le forum est laissé aux mains des marchands d'eau»

INTERVIEW Alors que s'ouvre le Forum mondial de l'eau à Marseille, le directeur de la fondation France Libertés nous explique pourquoi un forum alternatif était nécessaire...

Propos recueillis par Audrey Chauvet
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Emmanuel Poilane, directeur de la fondation France Libertés.
Emmanuel Poilane, directeur de la fondation France Libertés. — BOUTIN PHILIPPE/SIPA

L’eau, bien commun de l’humanité: les fameuses bouteilles dessinées par Philippe Starck et vendues au profit de la fondation France Libertés risquent de ne pas plaire à tous les participants du Forum mondial de l’eau, qui se tient à Marseille du 12 au 17 mars. Les multinationales de l’eau en sont en effet les principaux protagonistes, au côté des pouvoirs publics. Emmanuel Poilane, directeur de France Libertés, nous explique pourquoi l’organisation d’un forum alternatif était nécessaire.

Pourquoi organiser un forum alternatif?

Pour porter une voix différente. Ce matin, à l’ouverture du forum, on a vu défiler les grandes personnalités de Véolia ou de Suez, mais pas la société civile, les gens qui sont vraiment engagés. Nicolas Sarkoky a abandonné le forum trois jours avant son ouverture, qui le laisse aux mains des marchands d’eau. Or, nous avons besoin d’engagements politiques des Etats sur ces sujets-là.

Vous pensez que les multinationales de l’eau sont surreprésentées au forum officiel?

Le simple fait que le président du conseil mondial de l’eau soit le président de Véolia à Marseille est significatif… Et les multinationales étaient au premier rang ce matin. Moi je voudrais y voir des militants brésiliens, colombiens, indonésiens… pour imaginer comment vivre ensemble. Ce n’est pas le rôle des multinationales, qui elles ont pour objectif de rémunérer leurs actionnaires et de faire de l’argent sur la misère du monde.

Selon vous, c’est la société civile qui détient les vraies solutions?

Sur la plupart des territoires où les gens n’ont pas accès à l’eau, ce sont les associations qui travaillent car l’Etat est défaillant et les sociétés sont absentes car ce n’est pas rentable. Si on ne les met pas au premier plan, on a tout faux. Le forum sans elles se bornera à exposer des solutions sans s’engager.

Vous défendez la vision d’eau comme un bien commun, pourquoi?

Parce qu’on transforme tout en marchandise! Nous disons que l’eau est un bien commun, que l’on veut partager sereinement hors de toute marchandisation ou financiarisation. Il n’y aucune raison que des actionnaires prennent de l’argent sur la distribution d’un bien commun.

Que va-t-il se passer au forum alternatif?

Nous allons tenir des conférences et des discussions pour faire en sorte que ce ne soient pas toujours les mêmes personnes qui soient entendues. François Fillon, qui est présent, doit nous écouter.

Quelle solution voudriez-vous voir appliquer en urgence?

La plus simple est la protection de la ressource. On fait n’importe quoi en termes d’agriculture ou d’industrie productiviste et ensuite on met en place des grosses machines pour nettoyer l’eau. Les entreprises veulent ces usines de dessalement, de purification et d’assainissement car cela rapporte de l’argent. Si on s’appliquait à protéger les sources, on pourrait avoir de l’eau potable naturellement. Pour cela, il faut développer l’agriculture écologique sur les zones de captage dans le monde. Paris le fait, Munich le fait, et ça marche. C’est simplement faire attention avant plutôt que réparer.