Dans la ville d'Okuma, située à moins de 3km de la centrale de Fukushima, est toujours dans la zone interdite le 2 mars 2012.
Dans la ville d'Okuma, située à moins de 3km de la centrale de Fukushima, est toujours dans la zone interdite le 2 mars 2012. — Yoichi Hayashi/AP/SIPA

DOSSIER

Fukushima, un an après: L'environnement victime d'une contamination chronique

La radioactivité libérée par la centrale nucléaire est encore bien présente dans l'environnement et pourrait avoir des conséquences pendant de nombreuses années...

Un tremblement de terre de magnitude neuf sur l’échelle de Richter, une vague de 25 mètres et une cent: la radioactivité qui s’est diffusée dans l’atmosphère laissera des traces durables sur le territoire japonais.

Le césium, un radionucléide qui s’incruste pour longtemps

Cause principale de diffusion de la radioactivité, les explosions qui ont eu lieu dans les jours suivant le tsunami ont rejeté des éléments radioactifs dans l’atmosphère: gaz rares, tels que le xénon, iodes, tellures et césiums. «Les principaux rejets ont eu lieu avant le 17 mars, précise Didier Champion, directeur de crise à l’IRSN. Aujourd’hui, nous sommes dans un contexte d’exposition chronique à faible dose, mais qui peut s’accumuler avec le temps.» Les particules retombées sur le sol et en mer ont en effet formé des dépôts radioactifs plus ou moins persistants: «Deux mois après l’accident, ce sont les césiums 134 et 137 qui constituent 80% des dépôts rémanents», constate l’IRSN.

 

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58 pétabecquerels (1015 becquerels)  de césium radioactifs se seraient ainsi dispersés sur 600km² de territoire où les dépôts ont atteint 600.000 becquerels (Bq) par m². A titre de comparaison, les retombées de Tchernobyl sur le territoire français sont estimées à 4.000Bq/m². Les pluies ont aussi diffusé les radionucléides sous forme de «tâches de léopard» et de «points chauds» au sud-ouest de la centrale de Fukushima. «En 2020, il ne restera que 5% du césium 134 mais 81% du césium 137 dans les couches supérieures du sol», estime Didier Champion.

Radioactivité au menu

Les fruits et légumes ont aussi reçu leur dose de radioactivité. Les premiers touchés ont été les légumes à feuille (épinards, salades, poireaux,…): «Au cours du mois de mars 2011, de nombreux légumes des préfectures de Fukushima et des alentours avaient une contamination en césiums et/ou en iode 131 dépassant les normes de commercialisation et de consommation», constate l’IRSN. Puis, à la fin du printemps, d’autres aliments étaient contaminés: abricots, kiwis, pousses de bambou et feuilles de thé ont littéralement digéré les radionucléides déposés sur leurs feuilles, qui risquent de rester présents dans les racines, les troncs et la sève pendant plusieurs années. «Il faut rester vigilant sur certains produits, insiste Didier Champion. Les forêts étant les zones les plus sensibles, les champignons et le gibier sont particulièrement visés.»

Les autorités japonaises ont interdit de cultiver le riz dans les parcelles où la contamination dépasse 5.000Bq par kg de terre. Une mesure qui permettrait d’atténuer les impacts des dépôts selon l’IRSN: sur 3.900 analyses de riz cultivé dans la préfecture de Fukushima, effectuées entre août 2011 et janvier 2012, seuls trois échantillons présentaient des teneurs supérieures à la limite de commercialisation (500Bq/kg). Quant aux productions animales, viande, lait et œufs, les conséquences sont moins graves qu’on ne pouvait le redouter: «La date de l’accident, à la fin de l’hiver, a limité la contamination des animaux qui devaient être nourris soit avec du fourrage local récolté la saison précédente, soit avec du fourrage importé», explique l’IRSN. Lait et viande ont ainsi présenté des niveaux de contamination «très modérés» mais l’IRSN prévient que «dans les années à venir, les activités en césium 134 et 137 des produits de l’élevage continueront de dépendre des pratiques d’alimentation des animaux.»

Les radionucléides remontent la chaine alimentaire

Les radionucléides emportés par les vents au dessus du Pacifique et les rejets d’eau utilisée pour refroidir la centrale de Fukushima ont eu des effets sur le milieu marin, mais «comment sera-t-il impacté dans la durée? On l’ignore», reconnaît Didier Champion. L’IRSN insiste toutefois sur la dilution des rejets grâce aux courants: «Les eaux contaminées ont été transportées rapidement vers l’Est, vers le centre du Pacifique, où elles ont continué à se diluer.»

Mais les sédiments marins ont absorbé une partie de la radioactivité, qu’ils pourraient relâcher durant de nombreuses années. Les poissons seront les «meilleurs indicateurs de la contamination en césium dans le domaine marin», selon l’IRSN: les radionucléides se transmettront des petits poissons vers «les prédateurs en haut de la chaine alimentaire qui devraient présenter des niveaux plus élevés». Et tout en haut de la chaine alimentaire, l’homme devra surveiller son assiette pendant quelques années.