Après neuf années d'un véritable parcours du combattant, les maires de six villages des Vosges (dont un écologiste) touchent au but: ils viennent d'obtenir les permis pour construire en forêt dix éoliennes, qui seront en partie financées par leurs administrés.
Après neuf années d'un véritable parcours du combattant, les maires de six villages des Vosges (dont un écologiste) touchent au but: ils viennent d'obtenir les permis pour construire en forêt dix éoliennes, qui seront en partie financées par leurs administrés. — Jean-Pierre Muller afp.com

ENERGIE

Neuf ans pour installer des éoliennes: le parcours du combattant pour des maires des Vosges

Leur expérience est symptomatique des freins au développement de l'éolien en France...

Après neuf années d'un véritable parcours du combattant, les maires de six villages des Vosges (dont un écologiste) touchent au but: ils viennent d'obtenir les permis pour construire en forêt dix éoliennes, qui seront en partie financées par leurs administrés. «Nous voulons investir pour les générations futures, dans un projet rentable», explique le Vert Jean Vogel, initiateur principal de ce petit parc éolien. Depuis sa mairie de Saales, une commune de moyenne montagne sur le versant alsacien des Vosges, il montre les sommets boisés où doivent être érigés d'ici fin 2013 les immenses mâts, dont les pales culmineront à 140 mètres du sol.

L'Etat ne les a «jamais aidés»

Ce petit ensemble de 20 MW de puissance totale, sur le plateau de Belfays à cheval sur les Vosges et le Bas-Rhin, paraît plutôt modeste à l'échelle nationale, au vu des centaines d'éoliennes qui doivent être installées en France d'ici 2020 selon les objectifs du Grenelle de l'Environnement. Pourtant, il sera remarquable à double titre: il a été voulu par les communes concernées et non par un grand groupe industriel, et il doit être partiellement financé par les riverains, via un mécanisme d'actionnariat populaire. Sur les dix éoliennes, d'un coût unitaire de 3 millions d'euros, huit appartiendront à EDF, et les deux autres aux communes (à 40%) et aux particuliers (à 60%).

«Pour que les gens acceptent les éoliennes dans leur voisinage, ils doivent y trouver un intérêt concret et personnel», développe le maire, par ailleurs paysan et futur candidat EELV aux législatives de juin prochain. «Nous préférons que les éoliennes nous rapportent à nous, à nos communes, plutôt qu'à des multinationales». Quelle que soit leur étiquette politique, les maires impliqués dans l'aventure regrettent que les services de l'Etat ne les aient «jamais aidés dans ce long parcours d'obstacles», comme le déplore Christian Harenza, le maire (UMP) de Grandrupt, à 10 km de Saales.

«Le lobby anti-éolien est riche donc puissant»

Car le dossier est complexe, d'autant plus qu'il suppose de recourir à l'actionnariat populaire. «A croire qu'il aurait été plus simple de faire appel à des fonds de pension américains», soupire Jean Vogel. La législation française, pour protéger les petits épargnants, oblige à recourir à une société financière spécialisée dans la collecte de l'épargne «citoyenne». Un tel montage a l'avantage de ne pas être «déconnecté du terrain» sur le plan économique, explique Marianne Breton, de l'association «Energie partagée». Mais il reste encore confidentiel, notamment car «les évolutions récentes de la législation privilégient les grands acteurs industriels», au détriment de l'actionnariat local.

Lors du débat sur le Grenelle, au printemps 2010, les défenseurs du projet de Belfays s'étaient battus pour obtenir un assouplissement de la législation. Mais ils n'ont été que partiellement entendus. «Dans ce pays, le lobby anti-éolien est riche donc puissant», soupire Jean Vogel. Indépendamment du financement, le projet vosgien a collectionné les obstacles: il s'est notamment heurté à des associations écologistes qui pourfendaient la dangerosité supposée des éoliennes pour les chauves-souris, et aux craintes de nuisances esthétiques et sonores. «On ne peut pas accepter de pourrir notre paysage pour une idéologie», fustige ainsi Claude Brocard, le président d'une association locale anti-éolienne, qui a contesté le dossier devant la justice administrative, en vain. Jean Vogel, lui, croit au contraire à la nécessité de construire des éoliennes «bien visibles». «Elles doivent attirer de loin. Lorsqu'ils viendront les voir, les visiteurs seront convaincus de l'intérêt des énergies renouvelables et des économies d'énergie».