Agriculture: Le désespoir est dans le pré

DOCUMENTAIRE France2 diffuse ce mardi, en deuxième partie de soirée, un documentaire sur le mal-être des agriculteurs français...

Audrey Chauvet

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Sébastien et son père, personnages principaux du documentaire "Les fils de la terre".
Sébastien et son père, personnages principaux du documentaire "Les fils de la terre". — DR

Edouard Bergeon est fils d’agriculteur. De son enfance, il essaye de se remémorer les instants heureux dans l’élevage de chèvres de son père mais les photos sépia ont du mal à atténuer le traumatisme dont il a été victime à l’âge de huit ans, quand son père dépressif s’est suicidé. Pour Edouard, devenu journaliste et réalisateur, il était vital de mettre en images la dureté du métier de paysan et le désespoir qui mène au suicide plusieurs centaines d’agriculteurs chaque année.

Pour illustrer son propos, Edouard Bergeon a suivi pendant plus d’un an la vie de Sébastien, éleveur de vaches dans le Lot. Chute du prix du lait, emprunts à rembourser, travail pendant 15h par jour sans jamais prendre de vacances et relations tendues avec son père, la vie de Sébastien illustre les difficultés auxquelles sont confrontés de plus en plus d’agriculteurs français.

Trois fois plus de suicides chez les agriculteurs

Selon les  chiffres de la mutuelle agricole, la MSA, le taux de suicides chez les agriculteurs est trois fois plus élevé que dans le reste de la population. Les hommes de plus de 45 ans célibataires ou divorcés sont la population la plus à risque. En mars 2011, le ministre de l’Agriculture Bruno Le Maire annonçait vouloir s’attaquer au problème grâce à un plan de lutte mis en œuvre par la MSA: dispositifs d’écoute, de type SOS Amitié, et cellules de prévention devaient permettre d’aider les personnes fragiles.

Mais la réponse à apporter est aussi économique: alors que les subventions de la politique agricole commune favorisent les grandes exploitations, les petits producteurs ont bien souvent du mal à vivre du prix de leurs produits. Comme l’explique Sébastien, «héros» du film, les paysans ne vendent pas leurs produits en fonction de leurs coûts de production, mais selon le bon vouloir de l’acheteur. Les producteurs de lait du Lot ont trouvé une solution: le circuit court, en vendant eux-mêmes leur lait aux consommateurs. Revaloriser leur métier pour retrouver la fierté d’être paysan: la meilleure thérapie pour les agriculteurs français?