Un label pour les oeufs pondus en France

CONSOMMATION Après la directive européenne obligeant les éleveurs à augmenter la taille des cages, les éleveurs français veulent valoriser leurs efforts...

Audrey Chauvet

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Une Galloise de 24 ans n'a pas hésité à renoncer à ses vacances pour pouvoir payer les 1.800 livres (près de 2.700 euros) demandés par le vétérinaire pour sauver sa poule qui s'était blessée.
Une Galloise de 24 ans n'a pas hésité à renoncer à ses vacances pour pouvoir payer les 1.800 livres (près de 2.700 euros) demandés par le vétérinaire pour sauver sa poule qui s'était blessée. — David McNew AFP/Getty Images/Archives

La taille de deux tickets de métro: ce n’est pas grand-chose et pourtant cela va coûter un an de chiffre d’affaires environ aux éleveurs français. La directive européenne, entrée en vigueur le 1er janvier 2012, porte la taille minimale des cages des poules pondeuses de 550cm² à 750cm² (mais seulement 600cm² de surface utilisable, soit une augmentation de 50cm² que l’association L214 a comparé aux tickets de métro), et fixe des standards plus élevés pour améliorer le bien-être des gallinacées vivant en batterie. C’est pour valoriser les efforts des éleveurs français, notamment financiers, pour se mettre aux normes, qu’un label «œuf français» va apparaître sur les boîtes d’œufs fin mars.

Sur le marché français, 95% des œufs consommés sont pondus en France. Mais sur les 5% restant, les importations gagnent du terrain: «80% des œufs importés proviennent d’Espagne, principalement à destination des industries de transformation, explique Véronique Gonnier, secrétaire générale du Comité national pour la promotion de l’œuf. On commence à trouver des œufs coquilles d’Espagne dans quelques supermarchés du Sud-ouest.»

Un label pour faire passer une hausse du prix?

Or, pour les éleveurs français, cette concurrence est déloyale car dans d’autres pays européens les normes européennes n’ont pas été aussi bien respectées qu’en France: «En Espagne, il y a encore 50% des élevages à mettre aux normes, alors qu’en France on est déjà à près de 100%», poursuit Véronique Gonnier. Début janvier, encore 80 à 90 élevages en batterie sur les 550 concernés par la directive européenne, soit environ 10%, n’étaient pas encore aux normes, selon les estimations du ministère de l'Agriculture. Véronique Gonnier assure que, depuis, ces élevages se sont rapidement arrêtés pour rehausser leurs standards et qu’aujourd’hui la quasi-totalité des poulaillers en fonctionnement respectent la directive européenne.

Ce confort supplémentaire pour les poules a un coût: un an de chiffre d’affaires par éleveur, soit au total un milliard d’euros depuis 2003, chiffre Véronique Gonnier. Les éleveurs ont reçu une aide de l’Etat de 20 millions d’euros pour la mise en conformité des batteries, mais malgré tout le prix de vente des œufs devrait être revu à la hausse de «quelques centimes», assure-t-elle.

Même si la provenance des œufs est déjà indiquée sur la coquille (avec un code commençant par FR pour les œufs français), les professionnels de l’œuf veulent qu’elle soit plus visible pour le consommateur. Mais quand les œufs sont incorporés dans des gâteaux ou des plats cuisinés, c’est l’industriel qui décidera d’inscrire ou non sur les emballages la nationalité des œufs utilisés.