Scènes de désolation à Fukushima

JAPON Voilà bientôt un an, la centrale japonaise était ravagée par un tsunami. Sur place, la situation est encore critique...

© 2012 AFP

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Des travailleurs en combinaison intégrale s'activent au milieu de bâtiments éventrés, l'oeil sur des dosimètres. La centrale accidentée de Fukushima livre une image de désolation aux rares visiteurs étrangers autorisés sur le site.
Des travailleurs en combinaison intégrale s'activent au milieu de bâtiments éventrés, l'oeil sur des dosimètres. La centrale accidentée de Fukushima livre une image de désolation aux rares visiteurs étrangers autorisés sur le site. — Issei Kato afp.com

Des travailleurs en combinaison intégrale s'activent au milieu de bâtiments éventrés, l'oeil sur des dosimètres. La centrale accidentée de Fukushima livre une image de désolation aux rares visiteurs étrangers autorisés sur le site. Un journaliste de l'AFP a accompagné sur place mardi le ministre français de l'Industrie et de l'Energie, Eric Besson, premier responsable gouvernemental étranger à se rendre sur les lieux.

Des villages fantômes autour de la centrale

Le convoi s'arrête d'abord au J-Village, un ex-centre sportif à la limite de la zone interdite de 20 km entourant la centrale, transformé en centre de préparation pour les travailleurs intervenant sur place. Tenue de protection spéciale, gants en caoutchouc, surbottines sont confiés aux visiteurs, afin de réduire l'impact des radiations qui continuent de s'échapper des réacteurs accidentés, bien qu'en quantité nettement moindre que lors des jours et semaines suivants le tsunami du 11 mars 2011 qui a provoqué l'accident nucléaire. Des dosimètres sont aussi fournis pour mesurer la radioactivité ambiante.

Le minibus repart et traverse plusieurs villages sans âme qui vive: près de 100.000 personnes ont quitté précipitamment leur logement à cause des radiations à la suite de la catastrophe. Une hausse des cambriolages dans ces maisons fantômes a récemment poussé la police à renforcer ses patrouilles. Au fur et à mesure de l'approche, la radioactivité s'élève. Une fois arrivé au portail d'entrée entouré de pins, les invités enfilent un masque de protection à visière et ressemblent désormais totalement aux quelque 3.000 employés, dont certains très jeunes, travaillant quotidiennement pour maîtriser l'accident.

Eric Besson «rassuré»

Le site est relativement silencieux et la mer voisine calme, mais un aperçu des quatre bâtiments de réacteurs endommagés, sur les six de la centrale, laisse imaginer le chaos de l'immédiat après-tsunami. Des pans de murs sont troués, stigmates des explosions d'hydrogène qui ont secoué les bâtiments, faisant parfois voler leur toit. Un pylône électrique gît à même le sol au milieu de véhicules cassés. Les conditions de travail des employés de la compagnie exploitante, Tepco, et des sous-traitants se sont améliorées par rapport au cauchemar initial, mais le temps de travail est encore limité à deux ou trois heures par jour.

La radioactivité reste en effet très élevée sur le site, jusqu'à 1.500 microsieverts par heure à proximité du réacteur 3, le plus endommagé. En travaillant à cet endroit une heure, un employé recevrait plus que la limite annuelle habituelle pour la population en temps normal. Eric Besson se dit toutefois «rassuré», car il s'attendait à une situation plus catastrophique. «J'appartiens à un pays qui produit l'essentiel de son électricité avec l'énergie nucléaire et continue de croire à un nucléaire civil avec le plus haut niveau de sécurité», déclare-t-il aux responsables et employés de la centrale. «Nous comptons sur vous pour redonner vie à ce secteur», leur lance-t-il en rendant hommage à leur dévouement, lors d'un bref discours au centre de gestion des opérations de la centrale, dont l'escalier est décoré de guirlandes d'origami (figurines en papier plié), signes de reconnaissance de Japonais pour ces travailleurs.