Le rapport Energies 2050 recommande de prolonger la vie des centrales nucléaires

ENERGIE Selon le rapport de la «commission Besson», l'option la moins coûteuse pour la France est de prolonger les centrales au-delà de quarante ans...

A.C. avec Reuters

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 La centrale nucleaire du Blayais. A Braud et Saint-Louis, 26 janvier 2012.
 
 La centrale nucleaire du Blayais. A Braud et Saint-Louis, 26 janvier 2012.   — SEBASTIEN ORTOLA / 20 MINUTES

Le coût de l'électricité va augmenter au cours des prochaines décennies en France, quelle que soit la politique énergétique adoptée, mais le nucléaire restera l'option la moins coûteuse, surtout si la durée de vie des centrales est prolongée jusqu'à soixante ans. Les experts réunis par le ministre de l’Energie Eric Besson ont rendu public lundi le rapport Energies 2050 commandé par le gouvernement et ont, sans surprise, conclu à un nécessaire prolongement des centrales françaises.

Retraite à soixante ans

D’après les scénarios étudiés par la Commission Energies 2050 à l'horizon 2030, le consommateur paiera plus cher sa facture d'électricité, en particulier si la France recourt massivement aux énergies renouvelables: leur développement augmenterait de 50 à 100% le coût de production de l'électricité, selon le rapport. «La structure des coûts que l'on peut envisager en 2030 maintient un avantage pour l'option nucléaire», indique le document, qui préconise le prolongement de la durée de vie des réacteurs français aussi longtemps que l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) le permettra. La commission Energies 2050 recommande également de «ne pas se fixer aujourd'hui d'objectif de part du nucléaire à quelque horizon que ce soit, mais (de) s'abstenir de compromettre l'avenir et pour cela maintenir une perspective de long terme pour cette industrie en poursuivant le développement (des réacteurs) de la génération 4».

En 2050, l'ensemble des 58 réacteurs du parc nucléaire français auront atteint quarante années de mise en service, pour lesquelles l'ASN a donné son accord de principe. Dans l'un des scénarios développés par le rapport, la France pourrait choisir d'accélérer le passage aux réacteurs de troisième génération (EPR) pour remplacer les centrales quadragénaires et devrait dans ce cas construire au moins deux EPR par an pendant dix ans. Cependant, le scénario le moins coûteux selon Energies 2050 serait de prolonger la vie du parc nucléaire jusqu'à la sixième visite décennale, soit soixante ans, sous réserve d'une autorisation de l'ASN. L'opérateur des centrales françaises EDF s'est déjà prononcé en faveur de cette durée de vie.

Une commission de «pro-nucléaires forcenés»

Le gouvernement avait commandé ce rapport en octobre dernier, dans un contexte où l'énergie nucléaire provoque de nombreux débats, notamment nourris par la catastrophe nucléaire de Fukushima au Japon et la campagne pour l'élection présidentielle en France avant le premier tour du 22 avril. Eric Besson en avait partiellement révélé les conclusions dimanche, affirmant clairement que la prolongation de la durée de vie des centrales était l'option préférée du gouvernement.

Dans la ligne de mire, les programmes des candidats favorables à une réduction de la part du nucléaire en France. «Le scenario d'une réduction de 75% à 50% en 2030 (...) représente aussi un accroissement de moitié de nos émissions de gaz à effet de serre de notre parc électrique et une augmentation importante de nos importations d'énergies fossiles. Ce serait donc une réduction forte de notre indépendance énergétique pour la production d'électricité», a déclaré Eric Besson lors d'une conférence de presse.

Dénonçant une commission composée de «pro-nucléaires forcenés», l'Observatoire du nucléaire a estimé que les conclusions du rapport étaient «nulles et non avenues».  Claude Mandil, vice-président de la commission, s'est pour sa part défendu de toute partialité: «Nous n'étions pas plus pro-nucléaires que nous n'étions anti-nucléaires. Nous avons essayé d'être objectifs mais, s'il fallait qualifier cette commission, elle était anti-gaspillage.» Ceux qui peuvent se réjouir sont les actionnaires d’EDF, dont l’action affiche la plus forte hausse du CAC 40 lundi à la bourse de Paris.