Le projet de parc national des zones humides prend l'eau

ENVIRONNEMENT A l'occasion de la journée mondiale des zones humides, le 2 février, retour sur le projet de parc national, qui semble bien mal parti...

Audrey Chauvet

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Les marais de la Brenne.
Les marais de la Brenne. — LECQUYER/BNT/SIPA

L’annonce avait été faite l’année dernière par le ministère de l’Environnement: les zones humides auraient leur parc national. Conformément aux engagements pris pendant le Grenelle de l’environnement, le premier parc national dédié à ces zones très riches en biodiversité devait être créé, dès 2013, sur un des trois sites sélectionnés. Mais aujourd’hui, les associations dénoncent un arrêt brutal de ce projet lié à des contestations locales.

Levier de boucliers des chasseurs et des agriculteurs

«Courant novembre, la ministre de l’Ecologie a annoncé que les zones pressenties étaient abandonnées car le projet n’était pas accepté localement», dénonce Dominique Aribert, directrice du pôle Conservation de la nature à la Ligue de protection des oiseaux (LPO). Adieu Brouage (Charente-Maritime), l’Allier nord et la basse vallée du Doubs: les agriculteurs et les chasseurs ont eu raison des marais. «Dans le cas des marais de Brouage, dès que l’idée de parc a été connue, il y a eu une levée de boucliers dans le monde agricole et de la chasse, déplore Dominique Aribert. L’Etat n’a jamais organisé de concertation locale».

Un débat aurait été nécessaire selon Dominique Aribert, notamment pour expliquer que la création d’un parc naturel n’était pas une interdiction de toute activité: «Ca n’aurait pas rendu l’élevage impossible. Dans le marais breton, en Vendée, des mesures environnementales ont permis de pérenniser l’élevage extensif de bovins et même de faire revenir des agriculteurs.»

Un parc national qui ne soit pas «une étiquette»

D’un point de vue écologique, les zones humides sont des endroits stratégiques à protéger: elles abritent un grand nombre d’espèces, oiseaux et végétaux remarquables, et sont une protection naturelle contre les crues. Trop souvent surexploitées par certaines cultures très gourmandes en irrigation, comme le maïs, elles risquent de se transformer en «poches de marais au milieu d’un océan de cultures irriguées, comme c’est le cas dans le marais poitevin», avertit Dominique Aribert.