Les candidats à la présidentielle passent leur examen d'écologie

POLITIQUE De Jean-Luc Mélenchon à Dominique de Villepin, sept candidats se sont prêtés à l'audition écolo proposée par France Nature Environnement. Alors, reçus ou recalés?...

à Montreuil, Audrey Chauvet

— 

Eva Joly au 36e Congrès de France Nature Environnement, à Montreuil, le 28 janvier 2012.
Eva Joly au 36e Congrès de France Nature Environnement, à Montreuil, le 28 janvier 2012. — CHESNOT/SIPA

Ce samedi après-midi, à Montreuil, sept candidats à la présidentielle se sont frottés au hérisson, l’emblème de France Nature Environnement (FNE) qui tenait son 36e congrès devant près de 2.000 militants. Après leur avoir présenté les propositions de son «Contrat environnemental», FNE attendait des candidats qu’ils annoncent, en quinze minutes chrono, quelles mesures ils avaient retenu dans leur programme pour le prochain quinquennat. 20 Minutes a rempli le bulletin de notes des candidats au grand oral écolo.

François Bayrou a bien bachoté la biologie

C’est François Bayrou (MoDem) qui a ouvert le bal, en évoquant… les abeilles: «Un premier objectif symbolique sera d’assurer la survie des abeilles», a déclaré le candidat du MoDem, visiblement bien renseigné sur les causes du déclin des insectes (varroa, pesticides, frelon asiatique…). Il a ensuite insisté sur la nécessité d’une «décarbonisation, ou décarbonation?» progressive «des activités humaines», regrettant qu’on «ne parle plus d’énergie que sous l’angle du nucléaire», qu’il a qualifié «d’énergie de transition».

Eva Joly, première de la classe attendue au tournant

La salle s’est nettement réchauffée avec la candidate suivante, l’écologiste Eva Joly. Venue prêcher des convertis, la candidate Europe Ecologie-Les Verts  a rappelé son combat contre les paradis fiscaux «qui protège aussi l’environnement lorsqu'il s'agit d'empêcher la spéculation sur les marchés des matières premières, en particulier agricoles». Eva Joly a estimé inutile de rappeler sa position sur le nucléaire, mais pense que ce serait «peut-être aux autres candidats qu'il appartiendra d’expliquer le choix moral qu'ils font alors que plus personne ne peut nier après l'accident de Fukushima que nous sommes soumis au risque nucléaire».

Corinne Lepage, studieuse et précise

Autre candidate à porter un message clairement orienté vers l’écologie, Corinne Lepage a apprécié «ce moment d’oxygène dans une campagne où l’on s’asphyxie» et a déclaré vouloir «aller même un peu plus loin» que les propositions de FNE. Pragmatique, la candidate Cap21 a décliné une série de mesures fiscales et juridiques: introduire l'environnement dans l'impôt sur les sociétés et la TVA, «flécher l'épargne des Français pour leur permettre d'investir dans le local et le long terme», raffermir le pouvoir judiciaire pour faire appliquer le principe «pollueur-payeur», créer un tribunal pénal international de l'environnement…

Jean-Luc Mélenchon, remuant mais très doué en philo

Changement de genre avec Jean-Luc Mélenchon, qui attaque avec un cours de philo sur l’intérêt général et la vie humaine «compatible avec un seul écosystème». Mais très vite, le discours du candidat du Front de gauche reprend ses fondamentaux: rupture avec le productivisme et «le capitalisme qui le porte aujourd’hui». Appelant à une «révolution citoyenne», Jean-Luc Mélenchon a affirmé que «le capitalisme vert n’existe pas» et a présenté son projet de «planification écologique», notamment par l’introduction de critères écologiques dans les aides publiques, le retour à une agriculture paysanne et la transition du modèle énergétique via un référendum sur la sortie du nucléaire: «Je pense, à titre personnel, qu’il faut sortir du nucléaire, a-t-il déclaré. Mais c’est le peuple qui doit trancher.»

Hervé Morin, élève très discret

«Crise au balcon, environnement à l’abandon». Un slogan auquel personne n’aurait pensé, sinon Hervé Morin, candidat Nouveau Centre. Défaitiste («J’ai peu de chances d’être qualifié au second tour»), Hervé Morin a néanmoins décliné ses idées: favorable à un référendum sur le nucléaire, il souhaite instaurer des tarifs réduits sur l’énergie pour les foyers en situation de précarité et créer des pôles régionaux de compétitivité verts.

Dominique de Villepin, un penchant pour l’histoire

Il aura fallu moins de deux minutes à Dominique de Villepin pour évoquer De Gaulle, en comparant l’appel du 18 juin à l’appel des 3.000 de FNE. Le candidat République solidaire s’est dit «attaché aux paysages de France et à ses terroirs» et souhaite un «plan vert» pour la France, financé par une contribution énergie-carbone. Une taxe carbone, donc, complétée par des mesures fiscales en faveur de l’environnement. Dominique de Villepin veut également que «l’impact environnemental des politiques publiques soit contrôlé par la Cour des comptes» et qu’une «journée sans voiture» soit instaurée dans les villes. Mauvais point, ça existe déjà depuis 1998.

François Hollande, leçon bien apprise mais ne va pas au fond des choses

Attendu de pied ferme, François Hollande a bien géré les aléas d’un oral: malgré des militants anti-EPR venus dérouler une banderole devant la tribune, le candidat du PS a gardé sa sérénité. Reprenant la formule de FNE, il a souhaité que «le dialogue environnemental soit au même niveau que le dialogue social» et a défini deux priorités: la préservation de la biodiversité et la mutation énergétique. Pour le candidat socialiste, le nucléaire doit devenir «une filière d’excellence dans le démantèlement», tandis que les énergies renouvelables doivent être soutenues par un tarif de rachat fixe. Efficacité et sobriété énergétique, fret ferroviaire, transports doux, éco-conception, proximité… Tous les mots clés y étaient, prêts à être livrés à un «Premier ministre chargé de la transition écologique».

Ne s’est pas présenté à l’examen

Le grand absent de la journée était bien sûr le candidat UMP non déclaré. Mais Nathalie Kosciusko-Morizet a occupé la place vide: «Je demande à être jugée sur les actes, a déclaré la ministre de l’Ecologie, venue rencontrer les associations. Nicolas Sarkozy est le président de la Ve République qui a le bilan le plus solide en matière d’écologie», a affirmé NKM, citant le principe de précaution et le Grenelle de l’environnement. Si le Grenelle n’a pas rempli toutes ses promesses, le principe de gouvernance partagée avec les associations a été salué unanimement par les candidats présents à Montreuil et restera un exemple de dialogue environnemental, que tous appellent de leurs voeux.

>> Vous n'y étiez pas? Retrouvez le «live-tweet» de notre journaliste «Planète» par ici