Un tracteur d'un agriculteur biologique en Normandie, le 20 janvier 2010.
Un tracteur d'un agriculteur biologique en Normandie, le 20 janvier 2010. — MARIE/SIPA

DÉCRYPTAGE

Agriculture: Cultiver écologiquement et intensivement, c'est possible

ans le cadre de la campagne de la Ligue ROC, qui va comparer les programmes des candidats à la présidentielle sur le thème de la biodiversité, «20 Minutes» revient sur les enjeux. Cette semaine, comment la biodiversité peut rendre service à l'agriculture, et vice-versa...

A priori, «écologique» et «intensive» sont deux mots qui ne vont pas très bien ensemble. Pourtant, l’agriculture pourrait radicalement changer de visage et être à la fois performante et respectueuse de l’environnement, à en croire Bernard Chevassus-au-Louis, biologiste et inspecteur général au ministère de l’Agriculture. L’agriculture écologiquement intensive serait-elle l’avenir des champs français?

Des légumineuses à la place des produits chimiques

Depuis la «Révolution verte» des années 1960, l’agriculture a changé de visage: avec une utilisation massive d’engrais, de pesticides et de produits phytosanitaires, et une mécanisation croissante, les champs des pays développés sont devenus de véritables usines. «L’agriculture moderne est énergétiquement intensive, elle a pu produire plus que par le passé mais il faut dépenser dix calories d’énergie pour mettre une calorie dans l’assiette», explique  Bernard Chevassus-au-Louis.

L’augmentation des prix de l’énergie et la prise de conscience des dégâts que ce mode de production a causé à l’environnement pourraient remettre ce modèle en question. «On a considérablement réduit la diversité génétique, la diversité des espèces et des écosystèmes, poursuit Bernard Chevassus-au-Louis. Aujourd’hui, on s’aperçoit qu’on pourrait réinsérer la biodiversité dans les systèmes, par exemple au lieu d’engrais azotés, on pourrait utiliser des légumineuses qui fixent l’azote atmosphérique.» Seule différence avec l’agriculture biologique, l’agriculture écologiquement intensive ne s’interdit pas de recourir à des produits chimiques en cas de besoin, lorsqu’aucune solution naturelle n’est assez efficace.

Remplacer l’énergie par l’intelligence

Au lieu de grands champs dédiés à la monoculture, les agriculteurs pourraient ainsi trouver dans la diversité un moyen simple de lutter contre les maladies et parasites: «Si on mélange des variétés dans un champ, les maladies ont plus de difficulté à se propager, assure Bernard Chevassus-au-Louis.  Des haies autour des vergers peuvent abriter des insectes qui deviennent des auxiliaires de culture et évitent la prolifération de pucerons».

Des alternatives naturelles simples qui changent le métier d’agriculteur: «On peut remplacer l’énergie par l’intelligence et redécouvrir l’agronomie», poursuit l’inspecteur de l’Agriculture, convaincu que ce n’est pas un retour dans le passé. «Les lycées agricoles devraient apprendre aux jeunes ce qu’est l’écologie d’un milieu et leur faire comprendre que c’est ça le progrès».  La technologie ne serait d’ailleurs pas laissée sur le bord de la route, mais utilisée différemment: «Il faudra développer des systèmes de surveillance automatique par l’image, par exemple, pour détecter le manque d’eau, la production de chlorophylle, les attaques de parasites…» dans le but de prévenir les problèmes et non plus de les guérir.

Reste à convaincre les agriculteurs que ce sera rentable économiquement: «Le modèle de rendement maximal n’est pas toujours le plus rentable, estime Bernard Chevassus-au-Louis. Parfois, en produisant moins et en achetant moins de produits chimiques, la marge est équivalente à un grand champ cultivé avec des engrais.» Le rôle des politiques agricoles, et notamment de la Politique agricole commune (PAC) qui subventionne massivement les agriculteurs français, sera déterminant pour orienter l’agriculture vers des pratiques plus vertes.

>> 20 Minutes suit la campagne de la Ligue ROC: interview d’Hubert Reeves, décryptage des enjeux liés à la biodiversité, questions aux candidats et résultats des questionnaires sont à suivre sur 20minutes.fr.