Laurent Ballesta: «Le plus vieux poisson du monde est un fossile vivant»

INTERVIEW Le biologiste et plongeur Laurent Ballesta a rencontré le coelacanthe, un poisson préhistorique vieux de 400 millions d'années...

Propos recueillis par Audrey Chauvet

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Le plongeur Laurent Ballesta a rencontré le coelacanthe, le plus vieux poisson du monde.
Le plongeur Laurent Ballesta a rencontré le coelacanthe, le plus vieux poisson du monde. — Laurent Ballesta

Rencontrer le plus vieux poisson du monde, c’est possible ce mercredi soir à l’Institut océanographique de Paris. Le cœlacanthe ne sera pas là en personne, mais sera «représenté» par Laurent Ballesta, biologiste, plongeur et photographe sous-marin. Ses plongées au large de la côte sauvage d’Afrique du Sud lui ont permis d’entrer dans l’intimité du cœlacanthe, que l’on croyait disparu depuis le crétacé. Il racontera sa rencontre mercredi, à 19h30, dans le cadre des mercredis de l’Institut océanographique de Paris.

Le cœlacanthe a une histoire presque mythique, pourquoi?

Ce poisson a vécu il y a 400 à 65 millions d’années, sa famille a disparu en même temps que les dinosaures. On a retrouvé des traces fossiles du cœlacanthe au 19e siècle, son empreinte dans la roche est un élément clé du passage de la vie aquatique à la vie terrestre. Ses nageoires sont des amorces de pattes. En 1938, surprise, un cœlacanthe est retrouvé dans le filet d’un pêcheur en Afrique du sud. C’est comme si demain on trouvait un tyrannosaure en foret de Rambouillet! Le second cœlacanthe a été trouvé en 1952 aux Comores et on s’est rendu compte que les Comoriens le connaissent depuis la nuit des temps. C’était même un poisson sacralisé, à cause de sa drôle de gueule de dinosaure. A partir de ce moment, les chercheurs ont voulu en capturer mais c’est un animal fragile que l’on n’arrive pas à garder vivant en captivité.

Comment avez-vous rencontré le cœlacanthe?

En 1985, un Allemand a réussi à les filmer au fond d’une grotte aux Comores, grâce à uns sous-marin. A l’époque, j’étais étudiant et je rêvais de plonger pour aller l’observer mais il vit dans des profondeurs inaccessibles. Par la suite, les techniques de plongée ont progressé et en 2000 on a identifié un nouveau lieu de vie des cœlacanthes à «seulement» 120m de fond. Ma pratique de la plongée avait progressé, et en janvier 2010 on a pu plonger et faire les premières vidéos et photos en Afrique du sud, tout près du Mozambique. C’était difficile car sur cette immense côte sableuse il ya une houle et un courant permanent de deux nœuds, des vagues qui empêchent de mettre les bateaux à l’eau…

C’est donc un exploit d’avoir réussi à approcher le cœlacanthe?

Deux plongeurs avant moi étaient morts en essayant de les filmer. Le danger fait partie de mon métier, je sais à quel point cette plongée est épuisante, elle demande une énergie énorme. Malgré cela, c’est de loin mon plus beau projet, qui demande toutes mes compétences en plongée, en photographie et une vraie démarche scientifique.

Que peut apprendre le cœlacanthe aux scientifiques?

Il fait partie des animaux qui semblent ne pas évoluer. Selon la théorie de l’évolution, toutes les espèces qui n’évoluent pas disparaissent, même l’homme a changé en l’espace de 2.000 ans, mais cet animal semble échapper au règne des mutations. Il a gardé une morphologie identique à sa famille ancestrale et intéresse donc énormément les généticiens car il y a très peu d’exemples de la sorte, surtout parmi les vertébrés. Et puis son squelette est l’amorce des os des animaux terrestres. Quand on le regarde, on peut dire: ça va devenir un fémur, un tibia, un cubitus… S’il y a bien un animal qui peut accepter l’oxymore de «fossile vivant», c’est bien le coelacanthe!