Projet d'effacement de barrages en sud-Manche: un combat au nom de l'écologie

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no caption — Damien Meyer afp.com

L'effacement de deux barrages sur la rivière Sélune, près du Mont Saint-Michel, un des projets phare du Grenelle de l'Environnement promis en 2009, opposent défenseurs et combattants de ces ouvrages, chaque camp faisant valoir ses propres arguments écologiques.

Construits dans les années 1930, les barrages de Vezins -- mastodonte en béton armé de 36 m de haut et 278 m de long -- et la Roche-qui-boit, en aval et plus petit, n'assurent que 0,04% de la production hydro-électrique en France.

Selon le collectif "Les amis de la Sélune", ces ouvrages obsolètes empêchent les poissons migrateurs, dont le saumon, de remonter la rivière. Et le lac de retenue de 72 hectares du barrage de Vezins est si pollué que la baignade y est interdite.

En revanche, pour les "Amis des barrages", qui affirment représenter la majorité de la population locale, la démolition entraînera le déversement dans la rivière en aval des boues polluées aux métaux lourds qu'ils retenaient. Sans oublier la disparition de près de 800 emplois, dont une vingtaine sur la base de loisirs "La Mazure" sur les rives du lac.

Le démantèlement n'a toujours pas été annoncé officiellement. La ministre de l'Ecologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, l'a cependant indirectement confirmé dans une lettre en décembre au président des opposants : "il n'apparait pas justifié de conserver les barrages trente années de plus".

Après expiration en 2011 de la concession d'exploitation, EDF n'a pas demandé de renouvellement.

"Nos élus ne veulent pas porter le projet politiquement parce que c'est une décision imposée par l'Etat (...) et ne veulent pas le porter financièrement parce qu'ils n'en ont pas les moyens", explique à l'AFP, John Kaniowsky, président des Amis des barrages qui militent pour un moratoire.

L'Etat refuse, contrairement à la promesse initiale selon lui, de financer à la fois le démantèlement et la reconversion de la vallée. Seule la première opération serait prise en charge.

3 millions d'euros pour l'eau potable

Aussi les élus ont-ils boycotté la réunion du comité de pilotage du projet à la mi-décembre et ont menacé de ne pas organiser les prochaines élections dans leurs communes.

Au ministère de l'Ecologie, on fait valoir que "les barrages ne sont pas conçus pour faire de la rétention de pollution", mais on a conscience du courroux des élus. Lundi prochain, le conseil général de l'Environnement et du développement durable doit remettre "un éclairage ponctuel pour voir ce qu'on peut annoncer très rapidement en matière d'accompagnement économique du projet".

Une enveloppe de 3 millions d'euros est prévue pour "la question de l'eau potable", après l'effacement, selon la même source. Une autre étude sur le développement socio-économique de la vallée, confiée à un cabinet indépendant, est en cours de finalisation.

Pour les écologistes, il est "urgent" d'assurer le retour des saumons dans la Sélune mais aussi "une nature réhabilitée dans la vallée avec des eaux de qualité, un aménagement du territoire adapté avec une agriculture moins prédatrice", selon Claude Dumont, président du Fonds Humus, membre des Amis de la Sélune.

Et il faudra "porter une attention particulière à la technique du démantèlement, jamais effectuée en France sur un ouvrage aussi gros". Il s'agit d'éviter de reproduire la catastrophe de la vidange de 1993 qui avait provoqué une grave pollution de la baie du Mont Saint-Michel, classée au patrimoine de l'Humanité par l'Unesco.

Outre le développement d'un écotourisme dans la vallée réhabilitée, la région pourrait devenir "un laboratoire grandeur nature sur le plan scientifique", estime Didier Moreau, du WWF-France.