Jean Jouzel: «L'hiver exceptionnellement doux démontre le réchauffement climatique»

CLIMAT Pour le climatologue, membre du GIEC, les records de chaleur de 2011 sont un indice du réchauffement global de la planète...

Propos recueillis par Audrey Chauvet

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Le climatologue Jean Jouzel
Le climatologue Jean Jouzel — MEIGNEUX/SIPA

12,3°C à Paris durant la nuit de la Saint-Sylvestre et près de 20°C à Nîmes à 16h ce 31 décembre: l’année 2011 se termine dans une douceur exceptionnelle. Avec une température moyenne en France de 13,6°C, soit 1,5°C au-dessus de la normale, 2011 a battu le record de 2003, marquée par la canicule estivale. Pour Jean Jouzel, climatologue membre du Groupement intergouvernemental d’experts sur le climat (Giec), cette douceur est un des symptômes du réchauffement climatique global.

Peut-on faire un lien entre les records de chaleur de 2011 en France et le réchauffement climatique?

Il faut être prudent, mais le fait que les températures en France pour toute l’année 2011 soient supérieures de  1,5°C à celles des trente dernières années commence à prendre un sens au regard du réchauffement climatique. L’hiver exceptionnellement doux démontre encore ce réchauffement. Mais ce que nous regardons avant tout est l’effet global: 2011 a été chaude malgré la présence du phénomène La Nina, donc nous pouvons dire que cela s’inscrit dans un phénomène de réchauffement global.

Quels autres indices témoignent de ce réchauffement?

Il y en a plusieurs: l’élévation du niveau de la mer, qui résulte de la dilatation de l’océan, ou la fonte des glaciers, notamment. En France, il est de moins en moins exceptionnel d’avoir de courtes saisons d’enneigement, ce qui pose des problèmes aux stations de basse altitude. Nous devons regarder tous ces indices globalement et sur la durée.

Les prochains hivers ressembleront-ils à celui-ci?

Il est tout à fait possible que l’hiver prochain soit moins clément, mais en moyenne les hivers deviendront de plus en plus doux. Nous sommes actuellement dans un phénomène de réchauffement de 1,5 à 2°C par siècle. Sur une décennie, cela ne représente qu’un dixième de degré mais en France nous sommes plutôt sur un réchauffement de trois dixièmes de degrés par décennie. Cela devient perceptible, même si l’été plutôt maussade n’a pas donné une impression d’année chaude, contrairement à 2003 où la canicule a marqué les esprits.

Les précipitations ont également été capricieuses en 2011, avec la sécheresse au printemps ou la tempête de décembre. Est-ce lié aussi au réchauffement?

Les précipitations moins importantes ne sont pas encore attribuées au réchauffement mais il est possible que cela en soit aussi une caractéristique, particulièrement pour le pourtour méditerranéen, bien qu’il ait été moins touché cette année par l’absence de précipitations. Nous craignons surtout des précipitations plus intenses, qui participent au désastre climatique avec des inondations et la France ne sera pas épargnée par l’élévation du niveau de la mer. Quant à la tempête, il n’y a pas vraiment de diagnostic clair même si nous prévoyons que dans nos régions ces phénomènes se déplaceront vers le nord.

Quelle est la part de responsabilité du phénomène La Nina?

2011 a été l’année la plus chaude parmi les années marquées par le phénomène La Nina. Notez que La Nina enlève un à deux dixièmes de degré à la température moyenne de la planète, et malgré cela on a battu des records. Clairement, la première année d’inversement du phénomène, c’est-à-dire de retour sous le régime d’El Nino, risque d’être l’année de tous les records de température dans le monde. Cela devrait se produire dans les quatre prochaines années.