Le tarsier des Philippines, un primate menacé et suicidaire

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Le tarsier des Philippines est l'un des plus petits primates au monde. Les touristes affluent pour l'observer dans la forêt tropicale, sans se douter qu'en l'approchant, ils angoissent ce mammifère nocturne et peuvent le pousser au suicide.
Le tarsier des Philippines est l'un des plus petits primates au monde. Les touristes affluent pour l'observer dans la forêt tropicale, sans se douter qu'en l'approchant, ils angoissent ce mammifère nocturne et peuvent le pousser au suicide. — Joe Sinclair afp.com

Le tarsier des Philippines est l'un des plus petits primates au monde. Les touristes affluent pour l'observer dans la forêt tropicale, sans se douter qu'en l'approchant, ils angoissent ce mammifère nocturne et peuvent le pousser au suicide.

«S'ils sont stressés, ils se suicident»

L'animal est fascinant: il mesure dix centimètres de haut, pèse 120 grammes, porte une queue de rat, des oreilles de chauve-souris et d'immenses yeux globuleux qui font, chacun, le volume de son cerveau. Différentes espèces hantent les forêts des Philippines, de Bruneï, d'Indonésie et de Malaisie. Les populations dans ces pays sont considérées «en déclin» par l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Longtemps menacé par la domestication et le tourisme échevelé, le tarsier des Philippines (Tarsius syrichta) était considéré comme une espèce en danger de disparition dans les années 1980. Grâce à un programme de préservation subventionné par l'Etat, sa population sauvage, qui atteindrait quelques centaines de spécimens, est aujourd'hui de nouveau croissante. Et l'UICN le considère simplement «vulnérable».

La plupart des réserves accessibles aux touristes maintiennent les visiteurs éloignés du petit singe. Mais «il y a d'autres lieux où ils mettent les tarsiers dans les cages pour que les touristes les voient de près», mettant directement la vie des animaux en péril, déplore Carlito Pizarras. «La plupart de ces tarsiers, s'ils sont stressés, se suicident», affirme-t-il. «Ils s'arrêtent de respirer».

«Ils se cognent la tête contre la cage, et elle craque»

La voix exaltée d'un être humain, une main sur leur pelage brunâtre ou encore le flash d'un appareil photo suffisent à les plonger dans la détresse.

«Ils s'arrêtent de respirer et meurent à petit feu. Si vous les mettez dans une cage, ils veulent sortir, alors ils se cognent la tête contre la cage, et elle craque tant leur crâne est fin», explique Carlito Pizarras, conservateur au sanctuaire pour tarsiers de Corella, sur l'île de Bohol, l'une des destinations touristiques les plus courues de l'archipel philippin.

Les Philippines ont adopté des lois pour tenter d'assurer la survie du tarsier, déclaré espèce «spécialement protégée» en 1997. Sa chasse est interdite, ainsi que son exposition dans les restaurants et les boutiques de souvenir. Mais l'effort est insuffisant, selon Joannie Mary Cabillo, directrice du sanctuaire de Corella. «Le gouvernement nous soutient, mais pas tant que ça. Nous avons un décret présidentiel et des lois pour protéger les tarsiers, mais malheureusement personne n'est sanctionné», affirme-t-elle.