Crise économique et crise écologique, même combat

DECRYPTAGE Dans le cadre de la campagne de la Ligue ROC, qui va comparer les programmes des candidats à la présidentielle sur le thème de la biodiversité, 20 Minutes revient chaque semaine sur un enjeu. Cette semaine, comment crise économique et crise écologique sont liées...

Audrey Chauvet

— 

Photographie illustrant le contraire du dicton «L'argent ne pousse pas sur les arbres».
Photographie illustrant le contraire du dicton «L'argent ne pousse pas sur les arbres». — Todd Muskopf/NEWSCOM/SIPA

Plans d’austérité, agences de notation, sauvetage de l’euro… Et si les économistes faisaient fausse route en soignant les symptômes plutôt que la maladie? Au milieu du marasme financier, un aspect essentiel semble avoir été oublié: la raréfaction des ressources naturelles pourrait bien être une des causes majeures de la crise. Raison de plus pour prendre soin de nos écosystèmes, selon les écolo-économistes.

«C’est la première crise écologique majeure à laquelle l’humanité est confrontée»

«La crise n’est pas économique et financière, c’est la première crise écologique majeure à laquelle l’humanité est confrontée». Pour Jacques Weber,  économiste, anthropologue et président de la Fondation pour la Recherche sur la Biodiversité (FRB), il ne fait aucun doute que la situation économique mondiale découle d’un déséquilibre naturel: «Au déclenchement de la crise en 2008, le pétrole était à 140 dollars le baril et les cours des matières premières agricoles et industrielles s’envolaient. Cela a perturbé les anticipations des investisseurs et déclenché la crise des subprimes. La spéculation a joué, la bulle immobilière aurait fini par éclater, mais c’est la première fois que l’on a une vraie rareté physique des ressources.»

Préserver la biodiversité et ne pas surexploiter les écosystèmes ne seraient donc pas un luxe, mais simplement une façon d’assurer la pérennité de nos économies. «Dire que la cause de la crise est écologique n’est pas tout à fait vrai, nuance Emmanuel Delannoy, directeur de l’institut Inspire (Initiative pour la promotion d’une industrie réconciliée avec l’écologie et la société). Mais la crise économique fait oublier que les entreprises utilisent des ressources naturelles pour leur activité et dépendent de la biodiversité à travers la fourniture d’une multitude de services.»

Créer de la richesse en restaurant les écosystèmes

Cultures pour l’industrie agro-alimentaire, minéraux et métaux pour l’industrie, pétrole pour les transports, bois pour le bâtiment, refroidissement des centrales nucléaires par les fleuves… tous les secteurs dépendent plus ou moins directement de la nature.  «Il faut passer d’un monde dans lequel la richesse se crée par la dégradation des écosystèmes à un monde dans lequel elle se crée par leur amélioration ou leur maintenance, préconise Jacques Weber. Si on ne rend pas la consommation de ressources naturelles extrêmement coûteuse, je ne vois pas comment on va s’en sortir». 

A l’avenir, il faudra donc faire mieux avec moins. «Il faut augmenter la productivité des ressources naturelles, poursuit Emmanuel Delannoy. L’économie circulaire, qui fait appel à des ressources recyclées, et l’économie de fonctionnalité qui dissocie la possession et l’usage du bien (via la mutualisation ou la location) permettraient de produire plus de valeur par unité de produit.» «On pourrait aussi remplacer les charges sur le travail par une taxation des prélèvements dans la nature, complète Jacques Weber. Ce serait un monde dans lequel les écosystèmes pourraient se reconstruire sans affecter la rentabilité des entreprises.»

>> 20 Minutes suit la campagne de la Ligue ROC: interview d’Hubert Reeves, décryptages des enjeux liés à la biodiversité, questions aux candidats et résultats des questionnaires sont à suivre sur 20minutes.fr.