A Durban, les mauvais élèves du climat sont montrés du doigt

CLIMAT Une coalition d'ONG décerne quotidiennement des bonnets d'âne au sommet sur le climat de Durban...

© 2011 AFP

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Dans l'univers policé et codé des conférences climat, la démarche est rafraîchissante: chaque jour, un "mauvais élève" est montré du doigt par une coalition d'ONG qui décerne un prix - redouté - au pays qui a fait "de son mieux" pour empêcher tout progrès dans les négociations.
Dans l'univers policé et codé des conférences climat, la démarche est rafraîchissante: chaque jour, un "mauvais élève" est montré du doigt par une coalition d'ONG qui décerne un prix - redouté - au pays qui a fait "de son mieux" pour empêcher tout progrès dans les négociations. — Alexander Joe afp.com

Dans l'univers policé et codé des conférences climat, la démarche est rafraîchissante: chaque jour, un «mauvais élève» est montré du doigt par une coalition d'ONG qui décerne un prix - redouté - au pays qui a fait «de son mieux» pour empêcher tout progrès dans les négociations. Jugements très tranchés mais toujours avec une pointe d'humour: le Climate Action Network (CAN), qui réunit quelque 700 ONG de plus de 90 pays différents, décerne immanquablement son «Fossile du jour», référence à l'impact néfaste de la consommation d'énergies fossiles sur le thermomètre mondial.

Russie et Nouvelle-Zélande se sont partagé l'embarrassante récompense

Ce «bonnet d'âne» a fait sa première apparition dans la diplomatie climat en 1999, à Bonn. Il rythme depuis les longues journées des milliers de négociateurs qui se retrouvent chaque année pour tenter d'enrayer le réchauffement et ses effets dévastateurs annoncés. A Durban, en Afrique du Sud, où a lieu jusqu'à vendredi la 17e Conférence climat sous l'égide de l'ONU, quelque 200 militants d'ONG se réunissent tous les après-midi pour décider - après avoir arpenté les couloirs et les salles de négociations - qui mérite le blâme du jour.

Lundi, la Russie et la Nouvelle-Zélande ont partagé l'embarrassante récompense pour vouloir bénéficier des avantages du protocole de Kyoto sur les émissions de gaz à effet de serre tout en refusant de s'engager dans ce cadre au-delà de 2012. Les Etats-Unis ont pris la troisième place pour «n'avoir pas fait grand-chose, comme d'habitude». «L'heure est venue pour le président Obama de se souvenir de ce qu'il disait avant d'arriver à la Maison Blanche», soulignent les ONG, citant le président américain affirmant que face à la menace «grave et de plus en plus pressante» du changement climatique, l'histoire jugerait la génération actuelle sur ses actes. Vendredi, c'est le Brésil qui avait été couronné pour la réforme de la loi forestière en cours d'examen qui pourrait déboucher sur une réduction des zones protégées. «Si le texte est adopté en l'état, ce sera un désastre pour les forêts brésiliennes et pour le climat», a tranché CAN.

L’Arabie saoudite s’en fiche pas mal

Difficile de mesurer l'impact de ce prix sur les négociations, mais il ne laisse personne indifférent. La Pologne, qui assure actuellement la présidence de l'UE et parle, à ce titre, au nom des 27, reçoit le prix Paul Watkinson, principal négociateur pour la France, et réagit aussitôt sur twitter, trouvant la sanction «un peu injuste» pour un pays «qui travaille dur ici à Durban». David Turnbull, directeur de CAN international, se dit persuadé que ce prix d'un genre un peu particulier peut contribuer à infléchir le cours des discussions. Et de citer l'exemple du Japon, lors de la conférence de Bali, en 2007. «Nous pensions qu'il était indispensable de montrer le Japon du doigt en raison de son soutien à l'administration Bush», explique-t-il à l'AFP. «Ils n'ont pas apprécié. Mais nous estimons que cela a eu un impact positif sur la façon dont ils ont finalement négocié.»

Faut-il toujours dénoncer les élèves dissipés ou non motivés ou plutôt rappeler à l'ordre ceux qui sont impliqués dans les débats mais font, aux yeux des ONG, parfois fausse route? Le débat est vif entre les ONG, reconnaît David Turnbull. Le cas d'école est celui de l'Arabie saoudite, deuxième producteur mondial de pétrole, qui adopte une posture d'opposition quasi-systématique dans les réunions climat. «Nous leur avons attribué un nombre incalculable de Fossiles ces dernières années. Mais est-ce encore utile? C'est presque une marque d'honneur dans leur pays, au sein de leur gouvernement», lâche David Turnbull en souriant. «Dans la plupart des cas, les pays veulent vraiment éviter de se voir attribuer le prix. Ce n'est pas leur cas...».