Climat: Kyoto, le traité devenu l'emblème de la lutte contre le changement climatique

SOMMET DE DURBAN La survie du protocole de Kyoto, en jeu à Durban, est très symbolique pour la suite de la lutte contre le changement climatique...

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Sauver le protocole de Kyoto à tout prix: l'avenir du traité pionnier contre le changement climatique est devenu un symbole, un combat, bien au-delà des débats sur l'efficacité même de l'outil.
Sauver le protocole de Kyoto à tout prix: l'avenir du traité pionnier contre le changement climatique est devenu un symbole, un combat, bien au-delà des débats sur l'efficacité même de l'outil. — Alexander Joe afp.com

Sauver le protocole de Kyoto à tout prix: l'avenir du traité pionnier contre le changement climatique est devenu un symbole, un combat, bien au-delà des débats sur l'efficacité même de l'outil. «KP», comme Kyoto Protocol: sur des banderoles, des autocollants et même des cravates, ces deux lettres s'affichent partout dans les couloirs de la conférence de l'ONU sur le climat, qui se déroule à Durban (Afrique du Sud), au bord de l'océan Indien. «Nous voulons montrer notre solidarité avec le protocole de Kyoto», lance fièrement Barry McGarron, jeune militant irlandais arborant un t-shirt «I Love KP». «La survie du protocole de Kyoto est devenue emblématique», constate Claire Parker, analyste à l'organisation environnementale IUCN.

Rio, Bali, Copenhague: dans la liste des villes ayant marqué le processus onusien des négociations climatiques, la ville japonaise de Kyoto reste à part, la seule ayant laissé son nom à un traité, signé en 1997 au Japon, pour lutter contre le changement climatique. Un temps fort avec des applaudissements et quelques larmes au terme d'un marathon de négociations, se souviennent quelques «anciens» du processus. Entré en vigueur en 2005, ce protocole est le seul imposant des objectifs de réduction d'émissions de gaz à effet de serre (GES), à l'origine du réchauffement, à près d'une quarantaine de pays industrialisés, à l'exception notable des Etats-Unis qui avaient refusé de le ratifier après l'avoir signé. A Durban, les pays en développement exigent de nouveaux engagements des pays développés pour maintenir en vie le protocole de Kyoto dont la période initiale se termine fin 2012.

Un modèle d'architecture

«Avoir une deuxième période d'engagement est la plus importante question de Durban», a notamment rappelé lundi Xie Zhenhua, le principal responsable des questions climatiques pour la Chine, pays qui, désormais premier émetteur de CO2, n'est pas soumis à des engagements dans le cadre du protocole de Kyoto. «Le protocole de Kyoto a ses limites, ses insuffisances, mais c'est le seul instrument légal qui existe en ce moment avec des engagements contraignants des pays développés», rappelle le porte-parole des pays africains, Seyni Nafo.

Pour Pierre Radanne, expert pour des pays africains et fin connaisseur des négociations, «plus ça va, plus le protocole de Kyoto apparaît incontournable» pour garantir un certain niveau d'ambition des pays. Le caractère contraignant du protocole a évidemment ses limites, illustrées notamment par le Canada qui n'a pas respecté les engagements qu'il avait pris et devrait échapper à toutes sanctions. Mais nombre de négociateurs soulignent que Kyoto reste une référence, un repère, un modèle d'architecture indispensable au moment où est débattu un éventuel futur traité international qui impliquerait tous les pays à l'horizon 2020.

Les Japonais eux-mêmes qui, comme le Canada ou la Russie, refusent de prendre de nouveaux engagements, reconnaissent le rôle fondateur de ce texte. «Le protocole de Kyoto nous a donné une bonne base sur la façon dont nous devons travailler sur les questions climatiques», souligne un haut responsable de la délégation japonaise qui avait participé à la rédaction de l'accord en 1997. «J'ai un sentiment particulier pour le protocole, qui a été mon premier accord international», raconte-t-il, avant d'appeler à tourner la page. «Il faut regarder les chiffres», note-t-il, remarquant qu'une éventuelle deuxième période d'engagement avec l'UE et quelques autres ne couvrirait que 15% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. «Je peux comprendre une certaine peur chez les pays en développement, mais il faut regarder la réalité, pas seulement les émotions.»