Climat: faudra-t-il attendre 2014 pour relancer les négociations?

CLIMAT Selon une experte française, la prochaine grande étape de négociations sera en 2014...

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Par-delà Durban, les négociations climat risquent de devoir attendre 2014 pour connaître une nouvelle impulsion forte avec la publication du nouveau rapport de l'organe scientifique de référence sur le réchauffement, estime l'experte française Laurence Tubiana.
Par-delà Durban, les négociations climat risquent de devoir attendre 2014 pour connaître une nouvelle impulsion forte avec la publication du nouveau rapport de l'organe scientifique de référence sur le réchauffement, estime l'experte française Laurence Tubiana. — Attila Kisbenedek afp.com

Par-delà Durban, les négociations climat risquent de devoir attendre 2014 pour connaître une nouvelle impulsion forte avec la publication du nouveau rapport de l'organe scientifique de référence sur le réchauffement, estime l'experte française Laurence Tubiana. «Toutes les grandes négociations multilatérales connaissant des périodes d'accélération puis d'enlisement», souligne celle qui dirige l'Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri), à Paris, et a été étroitement associée au processus depuis la signature du protocole de Kyoto en 1997.

Un «creux» dans la «diplomatie climat»

Aujourd'hui dans une phase difficile depuis l'énorme déconvenue de Copenhague en décembre 2009, la «diplomatie climat» a déjà connu un «creux» de plusieurs années après la décision du Congrès américain en 2001 de ne pas ratifier le protocole de Kyoto que l'administration Clinton avait signé en 1997. Créé en 1988, le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec) publie tous les six ou sept ans un document qui offre une expertise scientifique, technique et socio-économique sur le changement climatique. Selon le quatrième et dernier rapport en date (2007), la température mondiale devrait progresser de +1,1 à 6,4°C d'ici 2100.

«Les rapports du Giec scandent les négociations», explique Laurence Tubiana, qui fut conseillère de l'ancien Premier ministre (1997-2002) socialiste français Lionel Jospin sur les questions environnementales. «Ils sensibilisent l'opinion publique et les politiques, ils obligent l'activité diplomatique à rendre des comptes». «Tout le monde aujourd'hui mise sur 2014», relève-t-elle, tout en soulignant la possibilité d'avancées concrètes à Durban, en Afrique du Sud, où plus de 190 pays se retrouvent pour la 17e Conférence de la Convention de l'ONU sur le changement climatique (UNFCCC).

«Un calendrier, un tempo»

L'un des objectifs de cette conférence, reléguée au second plan en Europe par la crise économique, est de tracer une «feuille de route» qui aboutirait, aux alentours de 2015, dans la foulée du rapport du Giec, à un nouvel accord juridiquement contraignant qui engloberait tous les pays et entrerait en vigueur en 2020. L'analyse des négociations climat, entamées il y a près de 20 ans, montre l'impact de ces publications. «Le premier rapport en 1990 sert de base à la création de l'UNFCCC (en 1992). Le deuxième, en 1995, entraînera le protocole de Kyoto (en 1997). Le troisième, en 2001, est plus compliqué, avec la question des impacts différenciés suivant les régions. Le quatrième en 2007, marquera une nouvelle montée en puissance, avec la feuille de route de Bali qui mènera à Copenhague».

Outre les rapports scientifiques, les négociations sur le climat ont besoin d'un cadre légal, qui donne «un calendrier, un tempo». «C'est pour cela qu'il est extraordinairement important que le protocole de Kyoto reste», estime Laurence Tubiana, évoquant les âpres discussions annoncées à Durban sur l'avenir de cet accord - seul traité juridiquement contraignant - dont le première période d'engagement s'achève fin 2012.

Dans ce contexte de négociations difficiles, quel regard porter, avec deux années de recul, sur le sommet de Copenhague qui a abouti à un maigre texte négocié à l'arraché par une vingtaine de chefs d'Etat? Une redoutable déception bien sûr : «Le contraste entre «c'est le moment de sauver la planète» et le résultat final est terrible», reconnaît Laurence Tubiana. Mais, souligne aussi la chercheuse, ce sommet hors-normes aura permis de faire rentrer pleinement dans le jeu les grands pays émergents, Chine et Inde en tête.