«La forêt des pluies»: «Dans dix ans, on ne pourra plus faire ce film, car il n'y aura plus de forêt primaire»

CINEMA Le botaniste Francis Hallé, spécialiste des forêts tropicales, fait partie de l'aventure du film «La forêt des pluies» de Luc Jacquet...

Propos recueillis par Audrey Chauvet

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Le botaniste et biologiste Francis Hallé.
Le botaniste et biologiste Francis Hallé. — Wild-Touch

Il a dédié sa vie aux forêts primaires. Le botaniste et biologiste Francis Hallé a co-écrit le scénario de La forêt des pluies, le prochain film de Luc Jacquet. Passionné par la vie végétale, fasciné par la beauté des forêts équatoriales, Francis Hallé nous fait part de son inquiétude pour les forêts qui reculent à pas de géant.

>> Retrouvez l’interview vidéo de Luc Jacquet et les premières images du film par ici. A suivre sur 20minutes.fr, le blog du tournage qui commencera fin novembre en Afrique équatoriale.

D’où vient votre passion pour les forêts tropicales?

De leur fréquentation. C’est le sommet de la biodiversité mondiale: plantes, animaux, insectes, toutes les formes de vie y sont plus abondantes que dans les forêts européennes, et c’est très beau. Cette beauté a beaucoup frappé Luc Jacquet. Cette nature intacte est l’antidote parfait aux dégradations de notre environnement.

Pourquoi s’être lancé dans l’aventure de ce film?

Nous nous sommes rencontrés un peu par hasard Luc et moi, et nous avons convenu que cela devenait urgent de faire un film: dans dix ans, on ne pourra plus le faire car il n’y aura plus de forêt primaire. On aimerait déclencher une prise de conscience dans le grand public pour arrêter la déforestation. La réalité est très triste: il y a quarante ans, il n’était pas question de déforestation, on ne pensait pas voir le bout de ces forêts. Les endroits que j’ai visités il y a dix ou vingt ans et où je vais retourner risquent d’être déforestés, il faut prendre des bateaux et marcher pendant des jours pour espérer trouver une forêt intacte, primaire comme on dit. Je ne suis pas très optimiste car les intérêts financiers sont énormes.

Quelles sont les principales menaces qui pèsent sur les forêts tropicales?

L’exploitation du bois essentiellement, l’agriculture, la recherche minière, l’élargissement des villes, la construction d’autoroutes… Tout ce qu’on appelle le «développement». En Asie, c’est pratiquement trop tard pour sauver la forêt primaire. En Afrique et en Amérique du Sud, c’est encore possible, mais il va falloir aller très vite.

Que peut-on encore faire aujourd’hui?

Un film précisément! Quand j’étais jeune, le film de Cousteau Le monde du silence a ouvert les yeux du public sur la beauté de ce qu’il y avait sous la mer et a lancé l’océanographie. On aimerait que ce soit pareil: on connaît mal les forêts équatoriales, on n’a jamais vu leurs merveilles. Ce film est une aventure très exaltante car c’est la dernière chance. Nous allons travailler animés d’un sentiment d’urgence. Et si ce film ne peut pas sauver les forêts, il servira au moins de témoignage sur ce qu’il y avait.

Quel enjeu représentent ces forêts pour les hommes?

Je ne me place pas dans cette problématique des raisons utilitaires pour sauver les forêts. Il faut plutôt se demander pourquoi on aurait le droit de les détruire. C’est notre patrimoine commun. Bien sûr, toute préservation excessive est vouée à l’échec, il faut que les gens qui habitent dans les forêts puissent continuer à y vivre. Mais il faut arrêter les abattages et les constructions en faisant pression sur les industriels, notamment sur les Français qui y sont très nombreux.