Des munitions de la Seconde Guerre mondiale pourrissent en mer Baltique

ENVIRONNEMENT Les armes chimiques jetées dans la mer rouillent et risquent de fuir...

A.C.
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Un sous-marin soviétique qui opérait en mer Baltique en 1941-42 git au large des côtes suédoises.
Un sous-marin soviétique qui opérait en mer Baltique en 1941-42 git au large des côtes suédoises. — JALLAI/PICA PRESSFOTO/SIPA

Lorsque les Alliés ont jeté dans la mer Baltique les munitions restant dans les arsenaux allemands, ils étaient sans doute loin de penser aux conséquences que cela pourrait avoir quelques décennies après. Selon le quotidien néerlandais Trouw, au moins 40.000 tonnes d’armes rouillent et risquent de provoquer une pollution importante dans la Baltique si les quelque 13.000 tonnes de substances toxiques, gaz moutarde, chloropicrine, phosgène ou arsenic, sont relâchés dans les eaux.

Les éoliennes et les gazoducs pourraient remuer le gaz moutarde

Un scientifique russe estime que 16% de ces substances suffiraient à détruire toute vie dans la mer Baltique. Toutefois, Jacek Beldowski, de l’Institut océanique de Sopot, en Pologne, nuance: «D’un côté, le poison s’échappe, mais d’un autre côté il est moins toxique quand il entre en contact avec l’eau, a-t-il expliqué à Trouw. Une seule chose sûre: ces prochaines années, la mer Baltique va connaître une nouvelle forme de pollution.» Principale inquiétude: le gaz moutarde, qui se transforme en «masse poisseuse» qui peut dériver pendant des années dans la mer et causer de graves brûlures, comme c’est arrivé en 1997 à des pêcheurs polonais qui en avaient remonté dans leurs filets.

Pour éviter de faire exploser des grenades ou de casser des armes contenant des substances toxiques, les autorités ont décidé de ne pas toucher à cette bombe à retardement au fond de la mer Baltique. Mais le passage de gazoducs entre la Russie et l’Allemagne pourrait bien remuer ces souvenirs gênants: «On remue de plus en plus souvent le fond des mers pour des projets de construction: des câbles, des parcs d’éoliennes et des canalisations. Il faut donc mettre en place rapidement des procédures pour creuser, construire et forer dans les zones à risque», estime Jacek Beldowski.