Jouets toxiques: Comment déjouer les tours de la hotte du Père Noël

SANTE Attention aux jouets offerts à Noël, ils peuvent contenir des substances chimiques dangereuses pour les enfants...

Audrey Chauvet
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 Un enfant dans un rayon de jouets.
 Un enfant dans un rayon de jouets. — G. BAPTISTE / AFP

Un nounours tout doux et plein de retardateurs de flamme ou une jolie poupée aux phtalates? Le Père Noël va cette année devoir faire du tri dans sa hotte: selon l’association WECF, qui regroupe une centaine d’organisations européennes de femmes travaillant sur les sujets de santé et d’environnement, les jouets des enfants regorgent de substances chimiques dangereuses pour la santé.

Pour un renforcement de la réglementation européenne

Bisphénol A, chrome, benzène, phtalates ou plomb…  De nombreux cas de dépassement des seuils autorisés pour ces substances par la réglementation européenne sont régulièrement la cause de rappels de produits. «Les jouets représentent environ un quart des alertes dans l’Union européenne, estime la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes). Les douanes contrôlent les produits à l’importation, notamment par des contrôles aléatoires pour vérifier la conformité des jouets aux normes européennes, et la DGCCRF fait des contrôles pendant la période d’approvisionnement avant Noël, mais des choses peuvent nous échapper.»

La directive européenne Jouets, qui fixe les niveaux de substances chimiques tolérés, a été révisée en 2009 et une nouvelle mouture est prévue pour 2013. Dans son état actuel, elle semble encore insuffisante pour assurer la sécurité des enfants en bas âge. «Les peluches contiennent des retardateurs de flamme pour éviter qu’elles ne s’enflamment, explique Anne Barre, présidente de WECF France. Mais il est rare qu’un doudou prenne feu, alors qu’un enfant qui le serre toute la journée dans ses bras et le met à la bouche sera exposé à des substances toxiques.»

L’association demande un renforcement de la législation européenne avec une interdiction totale de toutes ces substances et la création d’un label délivré par un organisme indépendant du producteur. «Actuellement, tous les jouets en vente sur le marché européen doivent porter le logo CE, mais il est apposé par le fabricant qui affirme ainsi se conformer à la réglementation européenne, poursuit Anne Barre. Pour les importations, dont 97% en provenance d’Asie, les contrôles aléatoires à l’entrée en Europe ne permettent de tester que 2 à 3% des jouets sur le marché.»

Un mini laboratoire pour tester les cadeaux de Noël

S’il est facile de détecter des substances allergisantes, au premier rang desquelles les parfums, il est plus difficile de connaître l’impact réel des substances cancérigènes, mutagènes ou reprotoxiques (CMR) contenues dans les jouets. Les effets à long terme du «cocktail» de métaux lourds, comme le plomb encore autorisé à hauteur de 160mg/kg, et de CMR tolérées à hauteur de 0,1% du poids du jouet pourraient n’être visibles que dans quelques années. Mais d’ores et déjà, l’agence de sécurité sanitaire allemande alerte: «Un enfant qui tiendrait dans ses mains pendant une heure un jouet intégrant une de ces molécules au seuil autorisé en absorberait autant par la peau que s'il fumait 40 cigarettes.»

Pour être sûr de ne pas faire un cadeau empoisonné, le WECF a édité un guide d’achat. «Nous conseillons des jouets en matières naturelles, comme le bois et le tissu, mais surtout qui sont labellisés», précise Anne Barre. Certains logos comme GS ou SpielGut attestent d’un contrôle des substances employées dans la fabrication des jouets. «On trouve de plus en plus de jouets en matière naturelle dans les magasins spécialisés ou sur Internet. Et il faut toujours passer en machine ou laver les jouets à l’eau savonneuse avant de les donner aux enfants, car cela élimine les substances souvent concentrées dans l’emballage.»

Mercredi 16 novembre, de 13h à 17h place Edmond Michelet, dans le 4e arrondissement de Paris, l’association mettra un mini laboratoire au service des parents qui souhaitent tester leurs cadeaux de Noël: «On peut facilement faire apparaître du formaldéhyde ou du benzène. Nous allons aussi tester les champs électromagnétiques des jouets électroniques», explique Anne Barre.