Jacques Rougerie: «Une partie du futur va se jouer dans les océans»

OCEANS L'Institut océanographique organise une rencontre avec Jacques Rougerie, «architecte du monde sous-marin» et inventeur du Seaorbiter, un vaisseau aquatique extraordinaire...

Propos recueillis par Audrey Chauvet

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L'architecte de la mer Jacques Rougerie.
L'architecte de la mer Jacques Rougerie. — SIPA

Jacques Rougerie est «architecte du monde sous-marin». Une activité peu banale, dans laquelle il a été pionnier: son premier projet de «Village sous la mer» remonte à 1973 et il développe des maisons sous-marines depuis la fin des années 1970. Habiter et découvrir la mer, c’est encore ce qui a motivé Jacques Rougerie à concevoir le Seaorbiter, un vaisseau d’expédition sous-marine hors du commun. Mercredi 9 novembre, l’Institut océanographique organise une rencontre avec l’architecte de la mer pour découvrir ce projet. En avant-première, Jacques Rougerie nous explique comment ce vaisseau futuriste pourrait changer l’exploration des océans.

A première vue, le Seaorbiter paraît être une création de «savant fou». Quel est le but de ce projet?

Le monde des océans s’ouvre tout doucement à l’homme.  Nous avons un regard sur les mers grâce aux plongeurs et aux sous-marins, mais nous pouvons aller plus loin avec cet engin d’exploration sous-marine qui permet à un équipage d’avoir en permanence un regard sur les grandes masses océaniques et de pouvoir sortir sous la mer quelles que soient les conditions. C’est comme la station spatiale internationale, mais en mer.

Que feront les équipes embarquées à bord du Seaorbiter?

Le Seaorbiter est une base d’où partiraient des sous-marins biplaces ou des robots qui pourront descendre jusqu’à 6.000m de profondeur et glaner des données, faire des prélèvements, pour ensuite les étudier. Aujourd’hui, peu d’engins permettent de vivre sur de longues durées sous l’eau.

Quels sont les enjeux de l’exploration sous-marine?

Nous avons besoin de voir ce que représente la masse océanique dans sa biodiversité, dans l’exploitation rationnelle que l’on peut en faire, il faut réfléchir aux énergies nouvelles qu’on pourrait en tirer, aux applications pour la nutrition de demain, à la pharmacologie… Nous voulons montrer aux jeunes qu’une partie du futur va se jouer dans les océans. Une partie de l’équipage aura pour tâche de faire participer des écoles à cette aventure.

Où en est la construction du Seaorbiter?

Les études techniques sont terminées et le chantier doit commencer début 2012. La mise à l’eau est prévue en septembre 2013. Il sera testé en Méditerranée jusqu’en février-mars 2014 et ensuite il partira de Monaco pour aller vers le Gulf Stream. Ce sera le début d’une grande aventure humaine avec différentes missions, de trois à six mois, avec le concours de l’Ifremer.