Le scénario Négawatt en questions

FESTIVAL DU VENT Thierry Salomon, président de l'association Négawatt, a présenté le scénario énergétique qui pourrait permettre à la France de faire face à l'épuisement des énergies fossiles tout en sortant du nucléaire...

A Calvi, Audrey Chauvet

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Le parc photovoltaïque d’Avignonet-Lauragais. Panneaux voltaïque et éolienne.
Le parc photovoltaïque d’Avignonet-Lauragais. Panneaux voltaïque et éolienne. — FREDERIC SCHEIBER / 20 MINUTES

Au Festival du Vent, on carbure à l’énergie éolienne. Il était donc naturel pour Thierry Salomon, président de Négawatt, de venir y présenter le scénario de sortie des énergies fossiles et du nucléaire, publié par l’association fin septembre. Questions-réponses sur ce projet qui pourrait peser dans les programmes politiques en 2012.

Pourquoi avoir travaillé sur ce scénario?

Pour Négawatt, ce scénario répond à trois «urgences énergétiques»: l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre, qui mènent au changement climatique, une consommation mondiale de pétrole largement supérieure aux découvertes de gisements depuis une trentaine d’années et enfin le risque nucléaire avec la problématique des déchets et du démantèlement des centrales.

Quelles sont les solutions proposées par Négawatt?

En premier lieu il faut travailler sur la consommation: la sobriété et l’efficacité énergétique sont les premiers gisements d’énergie en France. Ensuite, on revoit la production d’énergie en choisissant des énergies renouvelables: le soleil, le vent, la biomasse…

Quels sont les principaux leviers d’action?      

C’est la sobriété qui prime: Négawatt propose une sobriété «dimensionnelle» qui vise à adapter les tailles des voitures, par exemple, aux usages que l’on en fait. Fini les 4x4 en ville. D’autre part, une sobriété d’usage est de mise pour éviter l’effet rebond: ce n’est pas parce qu’un appareil est économe en énergie qu’il faut l’utiliser plus longtemps. Négawatt insiste donc sur la mutualisation des équipements et les économies de «bon sens» comme ne pas laisser des lumières allumées tout le week-end dans les immeubles de bureaux.

Le nucléaire, on en sort?

Pour Négawatt, la réponse est oui, et dès 2033. L’association prône l’arrêt immédiat d’environ huit des plus anciens réacteurs, dont celui de la centrale alsacienne de Fessenheim. En 2025, 42% de la production nucléaire peut être arrêtée grâce aux économies d’énergie. Et la fin complète de l’ère nucléaire serait possible en 2033. Pour Thierry Salomon, cela ne ferait pas craindre de pertes d’emplois dans la filière de l’atome: «En se concentrant sur les métiers du démantèlement et du retraitement, Areva peut assurer la transition de ses métiers sur dix ou vingt ans.»

Qu’est-ce qu’on attend?

Thierry Salomon espère faire peser le scénario Négawatt dans la campagne présidentielle de 2012, car «en 2017, il sera trop tard». Mais les grandes décisions, notamment l’investissement dans les énergies renouvelables, ne pourra se faire qu’en prenant des décisions sur le nucléaire: «Est-ce qu’on continue avec la nouvelle génération d’EPR ou est-ce qu’on décide la transition énergétique?». Une question qui est déjà au cœur des discussions entre le Parti socialiste et les écologistes, et qui devrait peser dans les programmes: Jean-Luc Mélenchon et Corinne Lepage se sont déjà déclaré favorables à la mise en œuvre du scénario Négawatt.