La santé pousse sur le balcon

FESTIVAL DU VENT Et si au lieu d'aller à la pharmacie, on allait cueillir des plantes? Rencontre avec Jean-Pierre Nicolas, anthropologue-pharmacologue-botaniste et fondateur de l'association Jardins du monde, qui révèle quelques secrets de vigueur à 20 Minutes...

A Calvi, Audrey Chauvet

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Marché de l'oignon, à Berne, en Suisse, le 26 novembre 2007.  Les producteurs peuvent vendre jusqu'à 50 tonnes d'ail et d'oignon en une seule journée, lors de cette fête annuelle.
Marché de l'oignon, à Berne, en Suisse, le 26 novembre 2007.  Les producteurs peuvent vendre jusqu'à 50 tonnes d'ail et d'oignon en une seule journée, lors de cette fête annuelle. — REUTERS/Stefan Wermuth

Lui aussi pense que les antibiotiques, c’est pas automatique. En revanche, les décoctions de plantes, les infusions et les massages aux huiles essentielles, il est plutôt pour. Jean-Pierre Nicolas est un personnage atypique: anthropologue de formation, il part étudier les Mayas et la découverte de leur médecine à base de plantes le poussera à fonder, en 1992, l’association Jardins du monde, qui aide les populations de pays en développement à transmettre le savoir médical ancestral.

Soigner les bobos des bobos?

Se soigner par les plantes, ce n’est pas une mode de bobo des villes: nous le faisons tous sans le savoir. «Tous nos médicaments sont issus des plantes, explique Jean-Pierre Nicolas. Les molécules de base sont végétales: la morphine et la codéine proviennent du pavot, l’aspirine est issue du saule, et le Tamiflu contient de la badiane, comme le Pastis!»

Dans chaque région, les habitudes médicales et alimentaires sont liées aux plantes autochtones: les Indiens soignent leurs problèmes intestinaux avec le curcuma, le gingembre est bon pour les voies pulmonaires et plus près de nous, les aromates comme le thym, le romarin ou la sarriette ont fait leur apparition «camouflés» dans les plats méridionaux.  «Evidemment, les plantes ne soignent pas la tuberculose ou le paludisme, tempère Jean-Pierre Nicolas. Mais c’est efficace pour prévenir les maladies et assurer les premiers soins d’urgence, par exemple pour calmer une diarrhée chez un enfant avant qu’il n’y ait déshydratation.»

De la menthe, de l’ail et des bisous

Avant de se lancer dans la médecine par les plantes, «Il faut bien les connaître, et surtout connaître leurs limites, rappelle Jean-Pierre Nicolas. Par exemple, certaines plantes drainantes consommées en excès peuvent nuire aux reins. Pour être en bonne santé, la première chose est de bien manger, en utilisant des condiments et des aromates. Si on tombe malade, on peut prendre quelques plantes médicinales mais il faut quand même aller voir le médecin et le pharmacien, faute d’herboriste. Attention à l’automédication.»

Malgré tout, Jean-Pierre Nicolas nous livre quelques conseils pour résister aux microbes de l’hiver grâce à des plantes faciles à cultiver sous nos latitudes: «La menthe est très utilisée, elle est bonne pour le foie notamment. L’ail, l’oignon et l’échalote sont antiseptiques, drainants et bons pour le sang.» Poudre de perlimpinpin? Pour Jean-Pierre Nicolas, «il n’y a pas de remède inutile d’un point de vue anthropologique. C’est l’attention qui compte: le premier soin pour un bobo d’enfant, c’est le bisou de sa maman.»