Etaler les villes avec l'argent public, un désastre pour la biodiversité

ETUDE Le Centre d'analyse stratégique dénonce des aides publiques encore trop orientées vers l'étalement urbain, qui grignote la biodiversité...

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Les crapauds font partie des victimes de l'urbanisation galopante.
Les crapauds font partie des victimes de l'urbanisation galopante. — G. EATON / REX / SIPA

Encouragées par des aides publiques, les villes s'étalent toujours plus à la campagne avec leurs maillages de routes et rails favorisant la disparition d'habitats naturels de nombreuses espèces, à l'image du grand hamster d'Alsace, selon un rapport du Centre d'analyse stratégique. «La source d'érosion la plus importante de la biodiversité c'est l'étalement urbain et l'artificialisation des sols avec des routes, des parkings», a souligné Guillaume Sainteny, président de la mission à l'origine du rapport rendu public vendredi. Le ministère de l'Ecologie avait demandé au Centre d'analyse stratégique d'établir un inventaire des aides néfastes pour les écosystèmes et leurs populations. Le document propose également une série de mesures et réformes pour réduire, voire annuler ces effets nuisibles sur la biodiversité.

«Inverser les incitations fiscales pour revenir en ville»

La lutte contre le déclin des espèces est l'un des objectifs pour 2020 de la Convention de l'Onu sur la biodiversité. En France, la disparition des zones agricoles s'est accélérée pour atteindre l'équivalent de la taille d'un département environ tous les sept ans, a rappelé Guillaume Sainteny. En juin dernier, la Cour européenne de Justice a évoqué cet argument de l'étalement urbain en condamnant la France pour n'avoir pas pris suffisamment de mesures pour protéger le grand hamster d'Alsace, espèce menacée de disparition.

Le préjudice des aides publiques et incitations fiscales causé à la biodiversité de la France, qui détient avec ses terres d'outremer plus du tiers des espèces recensées au niveau mondial, peut se monter «à des milliards, voire de dizaines de milliards d'euros», a estimé Guillaume Sainteny. Par exemple, l'octroi de prêts à taux zéro, pour faciliter l'accès à la propriété immobilière, «était une bonne idée au départ», selon Guillaume Sainteny. «Mais pour cela il fallait des terrains pas chers que les gens ont trouvés en périphérie des villes» avec pour conséquence un empiètement sur les espaces naturels. «Une idée serait d'inverser les incitations fiscales pour revenir en ville», a-t-il suggéré, évoquant aussi la nécessité «d'inciter à une meilleure occupation des deux millions de logements vacants dans le pays.»

«Favoriser la modernisation des infrastructures existantes»

En matière de transports «quand on créé une ligne de TGV, elle aura évidemment un bilan carbone favorable en terme d'émissions de CO2 mais elle peut avoir un impact très défavorable sur la biodiversité», a noté le responsable du rapport. Le document recommande donc de favoriser la modernisation des infrastructures existantes: routes, rails et voies navigables. Les dommages à la biodiversité déjà occasionnés pourraient, eux, être partiellement réparés par l'argent des péages des autoroutes.

Autres pistes: intégrer une dimension biodiversité dans la fiscalité des activités marines. Avec la découverte de pétrole au large de la Guyane «il nous paraît normal de mettre en place une taxation», a indiqué Guillaume Sainteny alors que l'actuelle «redevance des mines» n'est perçue que dans la limite d'un mille marin (1.852 m) au large des côtes. Il propose de l'étendre à au moins 12 milles marins, soit les limites des eaux nationales. «Notre but n'était pas de faire faire des économies budgétaires, mais de proposer que les aides soient formatées différemment pour qu'elles soient moins dommageables à la biodiversité», a-t-il conclu.