Procès GDF Suez-Compagnie du Vent: Une «amère victoire» pour Jean-Michel Germa

JUSTICE Le fondateur et ancien PDG de la PME devenue filiale de GDF Suez a retrouvé son poste ce lundi après une décision de justice annulant sa révocation, mais il estime que le préjudice subi par son entreprise est bien plus grave...

Audrey Chauvet

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Jean-Michel Germa, fondateur de la Compagnie du Vent, en 2002.
Jean-Michel Germa, fondateur de la Compagnie du Vent, en 2002. — MEIGNEUX/SIPA

«C’est une amère victoire que m’a donné la Cour d’appel.» Jean-Michel Germa a fondé la Compagnie du Vent, PME spécialisée dans l’éolien, en 1987, et l’a dirigée jusqu’à sa révocation en mai dernier par le groupe GDF Suez, actionnaire majoritaire depuis 2007. Lundi, la Cour d'appel de Montpellier a annulé sa révocation pour vice de procédure mais le différend entre GDF Suez, qui possède 57% des parts de la Compagnie du Vent, et Jean-Michel Germa ne se limite pas à un conflit de personnes: il accuse le groupe de récupérer les études et projets de la PME pour ensuite s’en débarrasser.

«Quand la société ne vaut plus rien, elle passe à la casse»

A l’origine du litige, le projet d’éolien en mer des Deux Côtes: «La Compagnie du Vent porte ce projet depuis cinq ans et nous avons conduit toutes les études préalables, explique Jean-Michel Germa à 20 Minutes. C’est pour avoir les moyens de développer ce projet que nous avons fait entrer GDF Suez au capital. Mais nous avons ensuite découvert que le groupe se lançait dans ce projet au sein d’un consortium avec Vinci et Areva, privant la Compagnie du Vent des bénéfices futurs alors qu’elle en a assumé tous les risques.»

Pour Jean-Michel Germa, le préjudice se chiffre à 245 millions d’euros, tandis que les études réalisées par la Compagnie du Vent en amont du projet des Deux Côtes ont été rachetées 10 millions d’euros par GDF Suez. «Leur stratégie consiste à racheter des PME qui ont un savoir-faire dont elles ont besoin. Puis, au lieu d’injecter des fonds propres qui permettent de développer les projets dont il retire des bénéfices, le groupe transfère tous les actifs dans des filiales qu’il contrôle à 100%. Quand la société ne vaut plus rien, elle passe à la casse», dénonce Jean-Michel Germa.

Une pépite devenue une «société martyre»?

Chez GDF Suez, on réfute la volonté de transformer la Compagnie du Vent en coquille vide: «La révocation de Jean-Michel Germa était motivée par une différence de vision stratégique, explique Paul-Alexis Bouquet, du service de presse de GDF Suez, contacté par 20Minutes. Notre idée était de faire participer tout le groupe et toutes les filiales à l’appel d’offres pour l’éolien offshore. Lui voulait y aller seul.» GDF Suez entend bien faire voter, dès la prochaine assemblée générale de la Compagnie du Vent, le remplacement de Jean-Michel Germa par Thierry Conil, un cadre venu du groupe.

Mais Jean-Michel Germa n’entend pas arrêter son combat pour son entreprise: selon lui, GDF Suez aurait pour projet caché de réduire les effectifs au sein de la Compagnie du Vent. «Notre objectif est, comme pour toutes nos filiales, de développer la société, qui compte aujourd’hui deux fois plus de salariés que lorsque nous l’avons rachetée en 2007», objecte Paul-Alexis Bouquet. Jean-Michel Germa n’en croit pas un mot: «GDF a déjà réussi à démotiver tous les salariés, assène-t-il. La Compagnie du Vent était une pépite qui avait un savoir-faire considérable, c’est devenu une société martyre.»

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