Nicolas Wolff, président de France Energie Eolienne: «L'éolien peut créer 50.000 emplois sur les neuf prochaines années»

INTERVIEW Trois questions sur l'avenir de la filière éolienne, qui veut se faire une place dans le paysage énergétique français...

Propos recueillis par Audrey Chauvet
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Des éoliennes dans la vallée du Rhône
Des éoliennes dans la vallée du Rhône — REUTERS/J.-P. PELISSIER

Au lendemain du congrès national qui réunissait les professionnels de la filière éolienne à Dijon (Côte-d’Or), Nicolas Wolff, président de France Energie Eolienne, la branche éolienne du Syndicat des énergies renouvelables (Ser) revient sur les annonces de la ministre de l’Ecologie, Nathalie Kosciusko-Morizet. Selon lui, la simplification de la réglementation est la clé pour assurer le développement de cette énergie en France.

La ministre de l'Ecologie a proposé mardi des pistes de simplification des procédures pour la mise en place d'éoliennes, une demande que vous réitérez depuis plusieurs mois. Etes-vous rassurés?

Nous ne sommes pas encore rassurés, mais c’est positif que la ministre reconnaisse que le système ne fonctionne pas correctement. Les pistes proposées sont satisfaisantes, notamment le fait d’avoir un guichet unique pour les permis de construire et les procédures relatives aux installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE). D’autre part, sa proposition d’avoir un an maximum pour s’acquitter de ces formalités et la simplification des schémas d’implantation est un bon signe.

La réglementation est-elle le seul obstacle à la création d’une filière éolienne forte en France?

C’est vraiment un gros souci: par exemple, le délai pour l’obtention des permis est d’environ 5 ans en France alors qu’ailleurs en Europe, il est de 2 ans. D’autant plus que le taux de recours contre les projets d’installations est très élevé: plus de 35% des projets font l’objet de recours alors qu’au final, 80% des projets aboutissent. En général, ce sont les associations anti-éoliennes qui utilisent ces recours, uniquement pour retarder les installations. Nous travaillons à faire mieux accepter les projets pour éviter les recours, notamment en valorisant les bénéfices d’un parc éolien en termes d’emplois durables. L’éolien a créé  11.000 emplois directs à ce jour et l’objectif est d’atteindre 50.000 emplois sur les neuf années à venir: ce sont des emplois non délocalisables, des métiers comme gestionnaire de parc, technicien de maintenance, chef de projet, et des profils plus techniques pour les études de vent ou électriques. Lorsqu’on explique correctement les bénéfices environnementaux et industriels, l’éolien est en général bien accepté.

Pensez-vous que les objectifs du Grenelle, à savoir 25.000 MW de puissance installés en 2020, seront atteints?

La complexité de la réglementation met en péril ces objectifs. Si on obtient rapidement une amélioration de la réglementation, nous pourrons nous déployer, investir et créer des emplois. Ce sont 60.000 emplois qui pourraient être créés si on atteint les objectifs du Grenelle. L’appel d’offres pour l’éolien off shore est une chance pour notre développement mais il ne faut pas oublier que le potentiel le plus important est sur terre: le Grenelle vise 19.000MW à terre et 6.000 en mer. Il reste encore 12.000MW à développer sur terre. La France est le deuxième gisement de vent en Europe derrière le Royaume-Uni, ce serait dommage de ne pas exploiter ce potentiel.