L'Europe veut freiner les apprentis sorciers du climat

CLIMAT La géo-ingénierie n'a pas les faveurs du Parlement européen. Des projets tels que la fabrication de nuages sont déjà freinés en Europe...

Audrey Chauvet
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Nuages au dessus de Tianjin, en Chine, en septembre 2011.
Nuages au dessus de Tianjin, en Chine, en septembre 2011. — XIAOMING/CHINE NOUVELLE/SIPA

Il n’y aura pas de parasol géant au dessus de l’Union européenne, ni de nuages artificiels: dans la position officiellement adoptée pour le sommet Rio+20 en juin prochain, les députés européens ont exprimé leur opposition aux projets de géo-ingénierie à grande échelle. En Grande-Bretagne, un projet d’injection de vapeur d’eau dans l’atmosphère pour créer des nuages bloquant les rayonnements du soleil a été reporté de six mois. La fin des apprentis sorciers du climat?

Vaporiser l’eau de mer dans l’atmosphère, une idée qui peut faire peur

Selon le magazine New Scientist, la décision de reporter le test qui devait avoir lieu près de Sculthorpe, dans l’Est de l’Angleterre, a été prise pour répondre à toutes les inquiétudes de la population au sujet des nuages artificiels. Le projet, développé par l’Université de Bristol, consisterait à fabriquer un nuage en pompant l’eau de mer et en la faisant passer dans un tuyau s’élevant à 1km d’altitude. Les particules de vapeur d’eau sont ensuite vaporisées dans l’atmosphère et bloquent les rayons du soleil. 

Une manière artificielle de rafraîchir le climat qui laisse perplexes de nombreux experts. Une ONG canadienne a adressé le mois dernier une lettre au gouvernement britannique pour demander l’interdiction de ce genre d’expériences jusqu’à ce qu’un accord international ait été trouvé pour encadrer la géo-ingénierie. Fin 2010, lors du sommet de Nagoya sur la biodiversité, les participants avaient formellement demandé que tout projet pouvant avoir un impact sur les espèces vivantes fasse l’objet d’un moratoire. En juin, des spécialistes du Groupement intergouvernemental d’experts sur le climat (Giec) se sont réunis à Lima, au Pérou, pour débattre des dangers et des bénéfices de ces technologies.

Guérir le changement climatique plutôt que le prévenir

La position adoptée par le Parlement européen pourrait déboucher sur un projet d’accord international lors du sommet de Rio. Car ce n’est pas en Europe que la géo-ingénierie est la plus développée: en janvier dernier, des ingénieurs suisses ont réussi à faire tomber la pluie sur Abu Dhabi et la technique de l’ensemencement des nuages est pratiquée depuis des dizaines d’années. La Chine l’a notamment utilisée pour «vider» les nuages et éviter les averses sur les Jeux olympiques de Pékin en 2008.

Mais pour les associations écologistes, la géo-ingénierie est surtout «une façon pratique pour les pays du Nord d'esquiver leurs engagements de réduction» d’émissions de CO2, en choisissant de guérir plutôt que de prévenir le changement climatique. Et on ignore encore les conséquences de telles interventions humaines sur les mécanismes climatiques et sur la biodiversité.