L'étude Agrican sur la santé des agriculteurs fait polémique

SANTE Selon les résultats de cette étude menée par une mutuelle agricole, les agriculteurs seraient en meilleure santé que le reste de la population, ce que nient les militants anti-pesticides...

Audrey Chauvet

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Paul Francois, agriculteur en Poitou-Charentes, a été victime d'une intoxication massive en nettoyant sa cuve d'épandage de pesticides.
Paul Francois, agriculteur en Poitou-Charentes, a été victime d'une intoxication massive en nettoyant sa cuve d'épandage de pesticides. — SIPA

Des agriculteurs moins atteints par le cancer et avec une espérance de vie plus longue que le reste de la population: les bonnes nouvelles de l’étude Agrican n’ont pas  convaincu tout le monde. Cette enquête, menée par la Mutualité sociale agricole (MSA) sur 180.000 personnes depuis  2005, a conclu à un risque de décès par cancer inférieur de 27% chez les hommes et 19% chez les femmes du milieu agricole par rapport à la population générale. Les militants contre les pesticides dénoncent une «propagande» cachant une réalité bien moins réjouissante.

Pas de données sur l’incidence des cancers

L’association Générations futures est montée au créneau pour souligner l’absence de données sur le nombre de cas de cancers dans la population agricole française: l’étude Agrican ne fournit pour l’instant que des données sur la mortalité par cancer, les résultats sur l’incidence devant être publiés en 2012. «La communication se veut rassurante mais occulte le fait que les agriculteurs sont plus fréquemment touchés par certains cancers que la population générale: cancers de la prostate, cancers des lèvres, des lymphomes, entre autres», déplore Générations futures.

Au cœur de la polémique, les pesticides et leurs effets contestés sur la santé. Générations Futures s’étonne de ne pas trouver de données sur le lien entre exposition aux pesticides et cancer dans l’étude Agrican. Si elle mentionne bien que «des arguments existent» sur le rôle des produits phyto-sanitaires «dans le développement de certains cancers (en particulier du sang et des ganglions), de troubles de la reproduction ou de maladies neurologiques», on n’y trouve aucune statistique sur la survenance d’un cancer liée à leur utilisation.

Un panel contesté

D’autre part, Générations Futures note que seulement 48% de la cohorte masculine étudiée a déclaré manipuler des pesticides et s’interroge sur la représentativité de ce panel: «Cela nous semble sous-estimer gravement la réalité de l’exposition de la population agricole aux pesticides: pour rappel, l’agriculture biologique représente moins de 3% de la surface agricole française».

Cette étude «manque visiblement d'indépendance», selon François Veillerette, porte-parole de Générations futures. De son côté, Cap21, le parti de Corinne Lepage, pense qu’«il ne faut plus attendre pour prendre toutes les mesures de prévention et de réduction drastique de l’usage des produits phytosanitaires pour protéger les populations», notamment en mettant fin à la TVA réduite sur les pesticides (5,5%) «en contradiction flagrante avec les objectifs de réduction de leur usage fixés depuis 2000 et confirmés par le Grenelle de l'environnement et le plan Ecophyto 2018.»