Vingt ans après son discours à Rio, Severn Cullis Suzuki garde l'espoir

FILM Elle avait douze ans lors du premier Sommet de la Terre en 1992. A l'approche de Rio+20, Severn continue à se battre pour l'environnement...

Audrey Chauvet

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En 1992, Severn Suzuki prononçait un discours marquant au sommet de Rio.
En 1992, Severn Suzuki prononçait un discours marquant au sommet de Rio. — Béatrie Camurat-Jaud / J+B SEQUENCES

«N’oubliez pas pourquoi vous venez à ces conférences et pour qui vous le faites.» En 1992, le premier  Sommet de la Terre organisé par les Nations unies avait été marqué par le discours de Severn Suzuki, alors âgée de douze ans. Elle avait interpellé les adultes présents sur leur responsabilité vis-à-vis des générations suivantes et le devoir de leur laisser un monde vivable. Alors qu’en juin 2012 se tiendra le sommet «Rio+20», Severn est de passage à Paris pour promouvoir le film de Jean-Paul Jaud, Severn, la voix de nos enfants, qui sort en DVD le 15 octobre.

«Pourquoi n’avons-nous pas accompli tout ce que nous avions dit il y a 20 ans»

La lutte pour l’environnement est une histoire de famille chez les Suzuki: le père, David, est un militant écologiste très connu au Canada. Severn a pris la relève avec des émissions de télévision et des conférences partout dans le monde. A douze ans, elle a marqué les esprits avec le discours prononcé à Rio, qu’Al Gore lui aurait dit «être le meilleur» qu’il ait entendu lors de ce sommet. «Ce discours est toujours d’actualité, c’est un message intergénérationnel», pense Severn Cullis Suzuki.

Fil rouge du film de Jean-Paul Jaud, Severn, la voix de nos enfants, pour lequel elle est de passage à Paris, le discours n’a malheureusement pas eu les effets escomptés. «Le sommet Rio+20 en 2012 doit être un moment de réflexion, explique Severn Cullis Suzuki. Nous devons prendre du recul pour voir le futur que nous sommes en train de construire et nous demander pourquoi nous n’avons pas accompli tout ce que nous avions dit il y a vingt ans.»

«Nous avons trop de travail pour perdre du temps à se lamenter»

Pour Severn, la crise économique, les phénomènes climatiques extrêmes et la catastrophe de Fukushima sont une opportunité pour se rendre compte qu’il s’agit «d’une crise de culture»: «Nous nous sommes détachés du monde naturel, des réalités biologiques, poursuit-elle.  On ne peut pas se contenter de guérir de la crise, il faut que nous soyons capables de voir les liens entre toutes les crises, énergétiques, économiques, environnementales, et remettre en question les bases de notre société.»

Alors qu’en 1992, Severn avait délivré un message d’alarme, elle serait aujourd’hui plutôt tentée par un message d’espoir si on lui donnait le micro à Rio en juin prochain: «Maintenant que je suis maman, je me rends compte que tous les parents aiment leurs enfants, nous avons tous ça en commun et ça me pousse à croire que nous allons trouver une solution.» Convaincue que les actions individuelles et locales font les vraies avancées pour le respect de l’environnement, Severn  insiste toutefois sur le soutien indispensable des gouvernements, qui «suivront le mouvement». «Evidemment, si on regarde les problèmes à l’échelle globale, on peut vite se sentir désespéré, dépassé et impuissant. Mais nous vivons un moment historique où nous devons surmonter la crise et faire les bons choix», conclut Severn Cullis Suzuki, rappelant que «nous avons trop de travail pour perdre du temps à se lamenter.»