En Inde, des milliers de personnes manifestent contre la corruption

UN AN POUR LA PLANETE Les globe-trotters Florent et Nicolas ont assisté à une manifestation à New Delhi contre la corruption, qui freine le développement de l'Inde...

Florent Planas - Un an pour la planète

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Un manifestant indien, le 27 août 2011 à New Delhi.
Un manifestant indien, le 27 août 2011 à New Delhi. — Un an pour la planète

Ils s’appellent Abhishek, Brijesh ou Ashish. Ils travaillent depuis peu ou sont encore étudiants, mais des exemples de corruption, ils en ont déjà à la pelle. «Lors de mon inscription à la fac», «à l’hôpital», «pour obtenir mon permis de conduire»! Même pour un étranger, passer la frontière depuis le Népal ou entrer dans un bar un peu huppé de New Delhi suffit pour constater que ce fléau est profondément ancré dans la société indienne.

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Poids des castes, pauvreté, logement: les raisons de se révolter sont nombreuses

Le problème ne date pas d’hier. D’aussi loin que Thomas, 72 ans, s’en souvienne, le phénomène a toujours existé. «Depuis l’Indépendance de 1947, sans aucun doute, voire peut-être avant, lorsque les Anglais étaient encore là.» Alors pourquoi, aujourd’hui, tout semble-t-il s’accélérer? Pour Sakshi Khanna, journaliste de Network 18, «la population a confiance en Anna Hazare comme en aucun homme ou parti politique. Il incarne la lutte anti-corruption et a réussi à faire penser aux gens que les choses peuvent changer.» Ne doutons pas que le caractère pacifique du mouvement a aussi permis de séduire les foules. Depuis que Gandhi a conduit le pays sur la voix de la liberté, la non-violence semble faire partie de l’ADN indien.

Poids des castes, pauvreté, logement: en Inde, les raisons de se révolter restent nombreuses. Alors, dans le fond, pourquoi s’attaquer à la corruption? Qu’attendent vraiment ces milliers d’indiens qui se sont rassemblés 12 jours durant à Ramlila Maiden, à New Delhi, ou dans tant d’autres lieux? La réponse est apportée par des jeunes qui chantent et arborent fièrement des peintures oranges, blanches et vertes sur leurs joues: «Nous aussi, nous voulons que notre pays se développe!». La corruption est effectivement souvent montrée du doigt comme un sérieux frein au développement… Pas étonnant, donc, de retrouver la classe moyenne, moteur de la consommation et de la croissance, comme fer de lance du mouvement.

Les Jeux du Commonwealth créent la polémique

Difficile de ne pas se réjouir de cette révolte du peuple indien pour ses droits. Certains regrettent cependant que la condition des plus pauvres – ils sont encore plusieurs centaines de millions en Inde – agite moins les foules. Medha Patkar, activiste et membre du «team Anna», commente: «La classe moyenne n’a pas sourcillé quand 20.000 personnes ont été délogées pour permettre l’organisation des Commonwealth Games. Pourtant, elle se met en rage quand on évoque l’argent détourné pendant ces Jeux.» L’Inde est loin d’être le seul pays émergents dans lequel on dénombre des «sacrifiés du développement». En Amérique du Sud, par exemple, on trouve souvent des pancartes, le long d’immenses routes en construction. Elles vantent les mérites des grands travaux comme symbole du progrès, alors que la presse internationale titre sur leurs conséquences socio-environnementales dramatiques qui touchent notamment les populations natives.

S’il serait bien malvenu de se placer en donneur de leçons – chaque jour qui passe illustre un peu plus les limites sociales, économiques et environnementales du développement à l’occidental – il est légitime de s’intéresser aux voies prises par les grandes puissances en devenir. Sauront-elles tirer parti de notre expérience et se tourner vers des horizons meilleurs, ou nous suivront-elles dans les impasses où nous continuons à avancer, obnubilées par une croissance effrénée? Concernant son pays, Pankai, étudiant de 21 ans, n’a aucun doute quant à la réponse. «Après ton prochain voyage en Inde, tu pourras dire à tes amis que c’est l’un des pays les plus beaux et les plus merveilleux au monde.» Alors espérons qu’il dise vrai: quelle qu’en soit l’origine, l’humanité a grand besoin de nouveaux modèles de développement soutenables pour les hommes et pour notre planète!