Les ONG critiquent la commission d'experts sur l'énergie lancée par Eric Besson

ENERGIE Pour les associations écologistes, cette commission ne permettra pas un réel débat...

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Les ONG reçues à l'Elysée pour préparer le Grenelle de l'Environnement, en mai 2007.
Les ONG reçues à l'Elysée pour préparer le Grenelle de l'Environnement, en mai 2007. — CHESNOT/SIPA

Est-il souhaitable, et possible, de sortir du nucléaire? La France se penche à son tour sur la question qui agite la planète depuis Fukushima même si la commission d'experts de l'énergie qui vient d'être créée est loin de ressembler au grand débat réclamé par les ONG. Chez les principales ONG, de France Nature Environnement (FNE) à Greenpeace en passant par l'ex-Fondation Hulot (FNH) ou WWF, la réponse est unanime: «on ne participera pas» à cette commission annoncée le 6 septembre par le ministre de l'Energie pour établir les scénarios énergétiques possibles en 2050. «On ne discute pas de la politique énergétique de la France et on ne discute pas de manière sérieuse de la place du nucléaire en trois mois», résume à l'AFP Benoît Faraco, de la Fondation pour la Nature et l'Homme (FNH).

Les ONG n’ont pas été invitées

Les ONG, précisant ne pas avoir été invitées à ce jour, soulignent dans un bel ensemble ne rien attendre de nouveau d'experts qu'elles jugent plutôt pro-nucléaires et d'un rapport publié à quelques mois des élections. Présentée comme «naturellement pluraliste» par le ministre de l'Industrie Eric Besson, cette commission a pour mission d'évaluer les divers scénarios énergétiques possibles en 2050, dont ceux tablant sur «une sortie progressive du nucléaire à horizon 2050 voire 2040», hypothèse qui n'est toutefois aucunement dans les projets du gouvernement.

S'il ne constituera pas un mini-Grenelle de l'énergie, en raison de l'absence des ONG, l'exercice constitue néanmoins une démarche inhabituelle en France, où le nucléaire assure 75% de la production d'électricité. Alors que, depuis la crise de Fukushima, l'Allemagne, l'Italie ou la Suisse ont tourné le dos au nucléaire et que le Japon reprend ses activités avec une production nucléaire toujours réduite de 80%, la France se lance dans «un exercice qui est évidemment intéressant», note l'association négaWatt.

«Il a fallu Fukushima»

«Avant Fukushima, un scénario qui envisageait une sortie du nucléaire était tabou en France, non recevable, la meilleure preuve c'est le refus absolu d'en parler pendant le Grenelle», indique Thierry Salomon, président de cette association d'énergéticiens qui porte un tel scénario. «Il a fallu Fukushima et les décisions allemande, italienne et suisse pour que les gens qui envisagent une sortie du nucléaire ne passent plus pour de dangereux hurluberlus», ajoute-t-il, contestant toutefois le «timing» de ce travail et «le problème d'équilibre de la commission».

«C'est un exercice qui devrait apporter de la valeur ajoutée, c'est pour ça que j'ai décidé d'y aller», assure de son côté l'ingénieur Jean-Marc Jancovici, l'un des huit experts de la commission. «Si c'est pour porter une conclusion écrite à l'avance, cela n'a évidemment pas d'intérêt, mais c'est normalement un exercice qui doit permettre de comprendre les implications et les conditions de réalisation possibles des divers scénarios énergétiques», estime cet expert favorable au nucléaire. «La question, ce n'est pas: Est-ce qu'on sort du nucléaire?, mais Qu'est-ce qu'on met à la place?», ajoute-t-il.

Conclusions attendues pour mi-janvier

Les experts ne produiront toutefois «absolument pas un rapport sur le nucléaire, mais un rapport sur les perspectives énergétiques à 2050», insiste le vice-président de la commission, Claude Mandil, rappelant que le nucléaire fournit moins de 20% de l'énergie globalement consommée en France. «D'ici 2050, on ne sait pas ce qui va se passer. La vertu essentielle d'une politique énergétique, c'est la flexibilité, c'est d'être précisément en mesure de changer de scénario en fonction des imprévus», ajoute l'ancien directeur exécutif de l'Agence internationale de l'énergie (AIE). La commission, présidée par le professeur d'université Jacques Percebois, doit tenir une première réunion plénière mi-octobre. Ses conclusions sont attendues pour janvier.