Les agriculteurs bio pas emballés par la grande distribution

REPORTAGE Les linéaires bio des grandes surfaces s'allongent, mais les producteurs de bio français ne voient pas que des avantages à ce nouveau débouché...

Audrey Chauvet

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Dans l'exploitation de Marc Fauriel, dans la Drôme, une chaîne spéciale de tri et d'emballage des pommes bio destinées à la grande distribution a été installée.
Dans l'exploitation de Marc Fauriel, dans la Drôme, une chaîne spéciale de tri et d'emballage des pommes bio destinées à la grande distribution a été installée. — A.Chauvet - 20 Minutes

Fruits, légumes, biscuits… On trouve maintenant presque toute sorte de produits bio dans les grandes surfaces. Accusée de «tuer» le bio en pratiquant des marges excessives ou en important une grande partie de ces produits, la grande distribution représente néanmoins 40% des ventes de bio en France. Les producteurs de fruits et légumes rencontrés dans la Drôme ne sont pas emballés par ce nouveau débouché,  peu adapté à leurs méthodes de travail.

«Le consommateur n’achète plus qu’avec l’œil»

«Attention à ne pas tirer la bio vers le bas», alertent tous les agriculteurs bio. Pour eux, l’arrivée des grandes surfaces sur le marché s’est souvent accompagnée d’une réorganisation de leur exploitation. Ainsi, Marc Fauriel a dû s’équiper d’une seconde chaîne pour trier les pommes destinées à Carrefour: calibrées, emballées sous plastique, elles demandent plus de travail et d’équipement que les pommes qu’il livre aux magasins spécialisés. «La grande distribution a les mêmes exigences sur les écarts de triage, or en bio on ne produit pas des fruits parfaits, d’où une perte plus importante», explique-t-il.

Environ 30% des pommes de Marc Fauriel deviennent compote ou jus, faute d’être assez  belles pour être vendues en grande surface. «Le cahier des charges de la grande distribution est très strict, explique Sylvain Monteux, producteur de kiwis bio. Ils veulent un bel état, bien brillant, bien stable pour tenir 2-3 jours en magasin sans bouger, mais on a perdu le goût du fruit. Le consommateur n’achète plus qu’avec l’œil», déplore-t-il.

La grande distribution impose sa logique

Les agriculteurs bio doivent également se soumettre aux exigences d’emballage des grandes surfaces, qui représentent une bonne part du surcoût pour le consommateur: «Le suremballage est lié au risque de contamination croisée, explique Sylvain Monteux. Si un client mélange un fruit bio avec les autres, la grande surface risque d’être accusée de fraude par la DGCCRF. Ca peut remonter jusqu’au producteur pour vérifier qu’il n’a pas utilisé les produits chimiques qui ont contaminé les fruits. C’est donc une forme de protection de la filière.» Sans oublier la protection des intérêts de la grande surface, qui n’a pas envie de vendre des fruits bio au prix des fruits classiques.

La grande distribution n’a pas non plus renoncé à proposer un maximum de choix au consommateur, ce qui implique souvent d’importer du bio: tomates d’Italie ou d’Espagne fleurissent sur les étalages en hiver, souvent à un prix plus bas que les produits français grâce à un cahier des charges européen moins strict. Laurent Combier, producteur de vigne bio, regrette que la grande distribution n’ait pas changé de logique: «Il faut éduquer le consommateur, lui faire prendre conscience des saisons, du terroir...» Pour ça, les agriculteurs rêvent d’une vente assistée dans les grandes surfaces: un stand de fruits et légumes où un employé expliquerait au client pourquoi ce fruit un peu cabossé sera très bon, comment faire mûrir un kiwi en le plaçant à côté d’une pomme ou pourquoi il n’y a pas de tomates en janvier.

Produits bio d’origine inconnue

Quant aux produits transformés, du type biscuits, plats cuisinés, purées, soupes… qui se développent aussi bien sous les marques de distributeurs que dans l’industrie agro-alimentaire, ils profitent rarement aux producteurs français: «Ces produits se conservent bien et présentent bien en grande surface, admet Sylvain Monteux. Pour le transformateur, la matière première ne représente pas un gros coût, mais on n’en connaît pas l’origine.»