Déplacements urbains: «Détruire les autoroutes, non, inciter le particulier à renoncer à sa voiture, oui»

TRANSPORTS Lors du sommet EcoCité, qui se tenait fin août à Montréal, un chercheur australien, Jeff Kenworthy, a proposé de «détruire les autoroutes pour construire des rails». Réaliste? «20Minutes» a interrogé deux chercheurs français du Certu (Centre d'études sur les réseaux, les transports et l'urbanisme), Olivier Petiot, chef de groupe conception et gestion des réseaux, et Thomas Vidal, chef de groupe politiques et services de transport...

Mickaël Bosredon
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Le trafic routier était fluide samedi à 18h00 en Rhône-Alpes, à l'issue d'une journée de chassé-croisé des vacances d'hiver, classée noire dans le sens des départs et rouge dans le sens des retours, a-t-on appris auprès du Centre régional d'information routière (CRICR).
Le trafic routier était fluide samedi à 18h00 en Rhône-Alpes, à l'issue d'une journée de chassé-croisé des vacances d'hiver, classée noire dans le sens des départs et rouge dans le sens des retours, a-t-on appris auprès du Centre régional d'information routière (CRICR). — Jean-Pierre Clatot AFP/Archives

Qu’avez-vous pensé de la déclaration de Jeff Kenworthy, qui veut détruire les autoroutes pour les remplacer par des rails?

Olivier Petiot: Il a dit cela dans le cadre d’un colloque à Montréal, c’était pour provoquer l’auditoire. Mais cette sortie a le mérite de poser la question de l’utilisation de la voiture.

Thomas Vidal: Ce que suggère Kenworthy, c’est effectivement la question de la pertinence de la voiture particulière pratiquée en mode solo, y compris en centre-ville, pas seulement sur les autoroutes. Il nous semble intéressant de s’interroger pourquoi la voiture est toujours utilisée de manière prioritaire, même pour des déplacements courts, et quelles sont les conditions à réunir pour que son utilisation ne devienne plus un réflexe, mais un mode réfléchi, parmi d’autres.

O.P.: Une étude menée dans le Bas-Rhin montrait que, sur les déplacements de 1 à 3km, qui représentent 27% des déplacements, les habitants utilisent la voiture à 64%. Il y a donc une marge de progression énorme pour faire baisser la part de la voiture.

Quels sont les leviers pour cela?

O.P.: Sans aller jusqu’à détruire les autoroutes, ce qui nous paraît irréalisable, la question de l’aménagement est essentielle. Nous avons déjà beaucoup travaillé sur la création de zones 30 en centre-ville, qui redonnent de la place aux piétons et aux vélos au détriment de l’auto, sur les zones de circulation apaisée dans les «hyper-centres», où le piéton est prioritaire, et bien sûr sur la création d’aménagements pour les transports en commun de surface, type tram et bus. Ceux-ci se développent d’ailleurs dorénavant dans le péri-urbain, et une réflexion est engagée pour réaménager les grandes autoroutes urbaines, en réservant par exemple une voie aux autobus, comme cela se fait à Grenoble, et en travaillant à réduire la vitesse moyenne des voitures. Cela se pratique déjà, et ce n’est pas qu’une question de sécurité.

Cela vaut pour les agglomérations. Mais que faire en ce qui concerne les longs trajets interrégionaux?

T.V.: On peut mettre en avant le plan de création de 2.000 kms de TGV lancé par l’Etat, de maintenir les trains d’équilibre du territoire. Il existe une vraie priorité pour le ferroviaire.

O.P.: Il faut avoir recours à une politique incitative, où l’on encourage les usagers à renoncer à leurs véhicules particuliers, au profit de la marche à pied et du vélo pour les courtes distances ou bien au profit de mode collectifs, ferroviaires ou routiers, pour les distances plus longues. Cette politique incitative doit par ailleurs être accompagnées de mesures de restriction, où l’on tend de réduire la place de la voiture solo dans l'aménagement de la voirie.

T .V.: Il y a aussi une réflexion à avoir sur l’utilisation en mode solo de la voiture, qui reste un réflexe pour beaucoup de citoyens. Des initiatives commencent à apparaître, en matière de co-voiturage, voire d’autopartage, même si là on revient plutôt sur une utilisation urbaine.