Comment sont cultivés les fruits et légumes bio?

REPORTAGE 20 Minutes est allé à la rencontre des producteurs bio de la Drôme pour voir ce qui se cache derrière l'étiquette «biologique»...

Audrey Chauvet

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Henri Marce, producteur de fruits et légumes bio à Montlaur-en-Diois, dans la Drôme, le 9 septembre 2011.
Henri Marce, producteur de fruits et légumes bio à Montlaur-en-Diois, dans la Drôme, le 9 septembre 2011. — A.Chauvet/20 Minutes

Chez eux, on dit «la» bio, car les agriculteurs de la Drôme ne parlent pas d’un produit mais d’une manière de travailler différente de l’agriculture intensive dont ils dénoncent les effets sur les sols. Dans ce département, ils sont nombreux à avoir fait le choix de l’agriculture biologique: la Drôme est au premier rang de la bio en France avec 755 exploitations certifiées et 25.940 hectares cultivés sans pesticides ni engrais chimique. L’endroit idéal pour découvrir comment les fruits et légumes bios sont cultivés et constater que «la bio, ce n’est pas planter l’arbre et attendre de ramasser.»

De l’homéopathie pour végétaux

 «La bio est très technique», explique Marc Fauriel, qui produit 800 tonnes de pommes bio par an grâce à des techniques développées par l’Inra ou en échangeant avec d’autres agriculteurs: désherbage mécanique, plantation de luzerne pour absorber la potasse excessive du sol, diffusion de phéromones trompant les insectes mâles pour éviter la ponte … Une «homéopathie» que l’on retrouve dans le verger de Christian Panissod, à Loriol-sur-Drôme.  Au pied de ses pommiers, un mulch composé de piloselle, petites légumineuses et trèfles nains fixe l’azote de l’air: «On essaye de reconstituer un milieu naturel pour aller vers une agriculture qui, idéalement, se maintiendrait toute seule», explique-t-il.

Retranché derrière de grandes haies pour éviter la contamination par des voisins utilisant des produits chimiques, Christian Panissod chouchoute les insectes «auxiliaires», coccinelles et abeilles pour qui il a installé des ruches, et utilise des engrais verts: «Je cultive du sorgho fourrager qui tue les vers et piège les nitrates des sols, puis sert à fabriquer de l’engrais.»

Changer de raisonnement pour faire équipe avec la nature

Ce que tous les agriculteurs bio ont compris, c’est qu’il ne sert à rien d’aller contre la nature. Faire avec le terroir peut être une aubaine: pour Laurent Combier, producteur de vignes bio à Pont-de-l’Isère, «le traitement le plus efficace est le vent du nord, propre à la vallée du Rhône, qui sèche les plantes et évite le développement de champignons.» Sur ses 30 hectares de cépage Syrah, il n’utilise que du cuivre, en faisant attention de ne pas en charger les sols, et du purin d’ortie contre le mildiou.

Mais pour Henri Marce, dont les plantations de courges sont entourées par les contreforts du Vercors, il a fallu changer de raisonnement pour passer en bio: «On avait une ordonnance pour apporter tant d’azote, de phosphore et de potasse aux plantes, mais cette équation «NPK» ne marche pas. En bio, on apprend à prévenir plutôt que guérir et à jouer sur les cultures pour équilibrer le sol.»  La maîtrise de la consommation d’eau est aussi liée au choix des plantations: «Lorsqu’on fait pousser les bons végétaux au bon endroit, on n’a pas besoin d’arroser beaucoup, assure Christian Panissod. Mais il faut aussi que le consommateur sache que ce n’est pas plus raisonnable de manger de la laitue en août que des tomates en janvier.»

Les agriculteurs retrouvent le goût du métier

Parfois, le passage au bio est difficile: Marc Fauriel a dû se contenter d’un Label rouge pour ses pêches, faute de techniques bio adaptées à ce fruit délicat. Mais lorsque la conversion est réussie, les agriculteurs y trouvent la satisfaction d’un métier qui demande plus d’ingéniosité et de contact avec les plantes: «Semer du blé et conduire un tracteur, tout le monde peut le faire, assène Henri Marce. La bio est plus intéressante et ce n’est certainement pas un retour à la pioche et au travail manuel pénible», assure-t-il.