Les micro-algues, ou comment faire du carburant en pompant du CO2

ENERGIE Les professionnels des ressources biomarines sont réunis à Nantes pour une convention internationale. L'enjeu des micro-algues suscite la convoitise des plus grands groupes mondiaux...

© 2011 AFP
— 
Des micro-algues s'alimentent en CO 2 dans des bassins afin d'être transformées en carburant au Vigeant, près de Poitiers
Des micro-algues s'alimentent en CO 2 dans des bassins afin d'être transformées en carburant au Vigeant, près de Poitiers — ALAIN JOCARD/AFP

Elles peuvent produire du pétrole tout en absorbant des masses de CO2 et de nitrates: scientifiques et industriels sont entrés en course pour faire des micro-algues une future réponse aux problèmes d'énergie et de réchauffement climatique.

«Aujourd'hui, le carburant extrait des micro-algues est dix fois trop cher. L'enjeu est de le rendre compétitif dans les dix ans», indique Jean-Paul Cadoret, directeur du laboratoire de biotechnologie des algues à l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer (Ifremer). Face à un pétrole de plus en plus cher et de plus en plus rare, et alors que les agrocarburants ont montré leurs limites en concurrençant les productions alimentaires, «l'or bleu» est devenu une option de choix. «C'est la course. Des milliards de dollars sont investis en ce moment dans la recherche. ExxonMobil a débloqué 600 millions de dollars et Shell, EADS, Airbus, Boeing, la Nasa et même Bill Gates investissent», souligne M. Cadoret, interrogé par l'AFP lors de la convention internationale Biomarine Business, qui rassemble jusqu'à vendredi, à Nantes, des professionnels des bioressources marines.

Un rendement virtuel très supérieur aux autres agrocarburants

Alimentées en lumière, en CO2, en nitrates et en phosphates, ces algues de quelques dizaines de microns peuvent se concentrer au point de produire plusieurs dizaines de tonnes de biomasse à l'hectare. Avec un rendement virtuel à faire pâlir tous les autres agrocarburants: «de 20 à 25.000 litres à l'hectare, contre 6.000 pour l'huile de palme», la plus performante actuellement exploitée, selon M. Cadoret.

Stan Barnes, PDG de la société américaine Bioalgene, veut croire qu'il lui sera possible de produire un tel carburant «à moins de 2 dollars le gallon (3,78 litres) d'ici cinq ans». Un pari ambitieux mais rendu possible, selon lui, par une configuration très favorable du site qu'il développe aux Etats-Unis: celui-ci est abondamment alimenté en CO2 par la centrale électrique au charbon de Portland, dans l'Oregon (nord-ouest), et tire ses nitrates de lisiers agricoles.

«Outre le carburant, les micro-algues produisent des nutriments et des éléments chimiques commercialisables, et la société électrique nous achète des droits à polluer en échange de son carbone», résume l'industriel, qui dit penser produire «un million de gallons et 200.000 tonnes de biomasse dans dix ans». Un objectif que tempère Jack Legrand, directeur du laboratoire de recherche Gepea de l'université de Nantes, selon qui «la technologie ne sera peut-être pas mûre avant vingt ans».

Le secteur aéronautique très intéressé

Car tous les professionnels s'accordent à le dire: l'élevage des micro-algues et l'extraction d'huile sont maîtrisées à petite échelle, mais l'enjeu est de parvenir à transposer cette technologie à un niveau industriel. «Il y a un potentiel extraordinaire, mais on est encore en énergie négative: le pompage, la centrifugation, le séchage consomment beaucoup», souligne M. Cadoret. Pour lui, la viabilité de la filière passera, comme M. Barnes l'envisage, par une valorisation parallèle des sous-produits des algues.

Les producteurs d'or bleu savent pouvoir compter sur un futur client fidèle: le secteur aéronautique. «On peut trouver des solutions alternatives au pétrole pour la circulation terrestre et maritime. Mais pas pour les avions», souligne le chercheur de l'Ifremer. Le constructeur européen EADS ne s'y est pas trompé: il a fait voler au salon aéronautique de Berlin, en juin 2010, un bi-moteur propulsé au pétrole de micro-algues. Et son projet d'hypersonique des années 2050, le ZEHST, prévoit le recours au même carburant.