Avec le réchauffement, les crabes prennent d'assaut l'Antarctique

© 2011 AFP

— 

Les fragiles fonds marins autour de la péninsule Antarctique pourraient être envahis par une espèce vorace de crabes dont la propagation semble être favorisée par le réchauffement climatique, avertissent des biologistes marins dans une étude publiée mercredi. L'intrus examiné dans cette étude de la revue britannique «Proceedings of the Royal Society B» est le crabe royal, un crabe rouge vif des profondeurs ayant un impact non négligeable sur les fonds marins où il s'installe. Il creuse le sol en quête de vers et autres petits animaux marins qui constituent son alimentation et peut, à grande échelle, modifier la chaîne alimentaire.

Une équipe conduite par Laura Grange, de l'Université de Hawaï à Manoa, a mené des observations à Palmer Deep, un bassin situé à 120 km au sud-est de la bordure du plateau continental de la péninsule Antarctique, où la profondeur atteint jusqu'à environ 1.440 mètres. Un robot a permis d'observer 42 crabes sur un trajet de 2 km, vivant sur les sols à une profondeur au-delà de 850 m, à des températures de l'ordre de 1,4°C. Aucun n'a été vu à des profondeurs plus faibles où l'eau est plus froide.

A partir de cette observation, les auteurs de l'étude estiment la population possible de ces crabes à quelque 1,5 million d'individus. La densité serait ainsi supérieure à celle des crabes de la même famille pêchés en Alaska et équivalente à celle des crabes pêchés au large de l'île de Géorgie du Sud, dans l'Atlantique sud. Les images recueillies par les scientifiques ont donné un aperçu du type de dommages que peuvent causer les crabes sur les fonds marins de l'Antarctique: les animaux, dont la coquille mesure environ 10 centimètres, creusent des entailles qui peuvent atteindre 20 cm dans le plancher océanique.

Le réchauffement climatique provoquant une hausse progressive des températures des eaux côtières, les conditions semblent réunies pour permettre à ce crabe royal de poursuivre sa progression vers l'Antarctique, estime l'étude. La péninsule Antarctique est, selon plusieurs études, l'une des régions du monde les plus vulnérables face au changement climatique. Les eaux de son plateau continental se réchauffent au rythme d'environ 0,1°C par décennie.

Si le crabe royal est «actuellement limité par les températures froides, il pourrait se répandre sur le plateau continental dans les dix à vingt ans» à venir, selon l'étude.