Printemps chaud, été pluvieux: Les vendanges précoces préparent un grand millésime

CLIMAT La météo capricieuse de l'été a énervé les vacanciers mais a fait le bonheur des viticulteurs...

Audrey Chauvet

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Vendanges à la main dans le sud de la Sarthe, en 2009.
Vendanges à la main dans le sud de la Sarthe, en 2009. — GILE MICHEL/SIPA

L’année 2011 pourrait bien être un grand millésime. Dans toutes les régions de France, les caprices de la météo ont entraîné des vendanges précoces mais les viticulteurs sont confiants sur la qualité du vin qui en sortira. S’ils s’accordent à dire que la météo 2011 est exceptionnelle, les vendanges ont tendance à débuter de plus en plus tôt, laissant entrevoir un effet du réchauffement climatique sur la vigne.

Précoce, mais pas autant qu’on le pensait au printemps

Ils n’avaient pas vu ça depuis 2003: les vendanges en Champagne ont démarré le 19 août cette année, alors que la canicule il y a huit ans avait ouvert le ban le 18 août. «La grande différence avec 2003, c’est que c’était alors très localisé, explique Thibaut Le Mailloux, directeur de la communication du Comité Champagne. Cette année, plus de six crus ont commencé à vendanger dès le 19 août et au 5 septembre, c’était quasiment terminé. C’est très exceptionnel».

Partout, les viticulteurs témoignent d’une maturité précoce du raisin, mais la récolte n’a pas été aussi prématurée que ce que laissait augurer la chaleur printanière. «On pensait commencer à vendanger dès le 15 août, témoigne Dominique Capart, président d’Inter Beaujolais. Mais avec le mois de juillet frais et pluvieux qui a ralenti la maturation du raisin, on a reculé d’environ 10 jours le ban des vendanges.» Même constat en Provence, où l’avance du raisin a été réduite par le temps de juillet-août pour aboutir à une récolte «légèrement précoce, 3 à 4 jours plus tôt que la moyenne», explique François Millo, directeur général du Conseil des vins de Provence.

Le millésime 2011 à la hauteur de 1976?

La pluie de juillet et août a donc plutôt été bénéfique aux vignes: «La pluie a permis d’avoir des belles grappes de raisin, d’environ 150g, et n’a pas nui à l’état sanitaire du raisin, qui est exceptionnellement bon, sans parasites ni maladies», se félicite Thibaut Le Mailloux. La même satisfaction s’exprime en Provence: «Le Mistral qui a soufflé après les pluies a séché le raisin et évité  les maladies. Les écarts de température importants entre la nuit et la jour ont été bons pour le développement des composants autres que le sucre, notamment les polyphénols, qui apportent les arômes», explique François Millo.

Quant à l’impact du réchauffement climatique sur les vignes, les viticulteurs restent prudents. Dominique Capart, dont les vignes se situent à Jullié dans le nord du Beaujolais, a commencé à vendanger le 5 septembre alors qu’en moyenne il débute autour du 17: «C’est variable d’une année à l’autre et on ne peut pas en tirer de conclusions sur le réchauffement.» En Provence, «on a pris 10 à 15 jours d’avance sur les 20 dernières années, reconnaît François Millo, mais c’est en partie à cause du type de rosé élaboré.» Des vendanges avancées pour un rosé «frais, aromatique et clair» qui correspond plus au goût des consommateurs: le cru 2011 devrait en tout cas être du goût des amateurs de vin qui espèrent un millésime à la hauteur des récoltes précoces de 1976 ou 2003.