Une hydrolienne lancée en France pour capter l'énergie des courants marins

TECHNOLOGIE EDF a mis à l'eau sa première hydrolienne, une turbine géante qui capte l'énergie des courants. Un test avant, éventuellement, de développer cette technique à échelle industrielle...

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L'hydrolienne d'EDF installée au large de Paimpol-Bréhat
L'hydrolienne d'EDF installée au large de Paimpol-Bréhat — FRED TANNEAU / AFP

EDF a lancé mercredi 31 août à la mer sa première «hydrolienne», une gigantesque machine circulaire conçue pour capter l'énergie des courants sous-marins, au moment où la France se tourne vers les océans pour développer son électricité propre.

Placée en partie immergée sur une barge de son fabricant irlandais OpenHydro, la turbine blanche de 16 mètres de diamètre soutenue par un lourd tripode --l'ensemble pèse 1.000 tonnes et a la hauteur d'un immeuble de sept étages--, a quitté le port de Brest en fin d'après-midi pour ses premiers essais sous l'eau. D'ici la fin de la semaine prochaine, elle sera immergée sur le site du premier parc hydrolien du monde, au large de Paimpol (Côtes-d'Armor) et de l'île de Bréhat, où EDF doit la raccorder au réseau électrique du continent avec 3 autres hydroliennes d'ici l'automne 2012.

Si quelques hydroliennes expérimentales ont déjà été installées en France, au Canada et en Ecosse notamment, «c'est la première fois que c'est fait avec une vocation industrielle, et avec des engins de cette taille», a souligné Xavier Ursat, membre de la direction de production hydraulique d'EDF. Objectif pour le premier producteur mondial d'électricité: confirmer lors des tests que la technologie, encore balbutiante, est viable aux niveaux technique, économique et environnemental, avec en vue une possible filière à part entière.

La France pourrait produire 2.000 MW en exploitant ses sites côtiers

Doté d'un budget de 40 millions d'euros (dont sept de subventions publiques), le projet reste modeste: avec 2 mégawatts de puissance totale, les quatre premières turbines sous-marines d'EDF, qui évoquent d'immenses réacteurs d'avions, ne fourniront en 2012 que l'électricité nécessaire à un peu plus de 2.000 Français. Mais le potentiel est là: selon EDF, la France pourrait produire plus de 1.000 fois plus en exploitant ses sites côtiers adaptés, sur la côte nord de la Bretagne et pour les plus prometteurs au nord du Cotentin. En Europe, seule la Manche a en effet, grâce aux fortes marées, des courants suffisants pour activer les immenses machines d'acier, de résine et de béton, qui tourneront à Paimpol-Bréhat à une vitesse de 7 ou 10 tours par minute, plus de 30 mètres sous la surface.

«Du coup, le Royaume-Uni et la France se partagent le potentiel européen, avec les trois quarts côté britannique et le reste côté français», explique Jean-Charles Galland, de la R&D hydraulique d'EDF. «Mais il y a d'autres sites ailleurs dans le monde, par exemple au Canada et en Corée». Suivant des petites sociétés pionnières, des grands groupes se sont récemment lancés dans l'hydrolien: le français Alstom, l'allemand Siemens ou encore le britannique Rolls-Royce. EDF travaille à d'autres projets pour 2015-2020. «C'est une bonne nouvelle, parce que ça signifie qu'ils pensent qu'il y a un marché, et ça c'est bon pour nous», estime James Ives, le patron d'OpenHydro.

Un coût douze fois supérieur au nucléaire

Les chantiers navals militaires français DCNS ont pris il y a trois ans 8% du capital de l'irlandais pour se développer dans l'énergie propre. Ses arsenaux participent désormais à la production des hydroliennes. Leur principal handicap reste le coût: EDF estime que l'électricité hydrolienne lui coûte douze fois plus que le nucléaire, ce qu'il espère diviser par trois d'ici 2020. Mais ces machines d'un nouveau genre ne sont pas seules pour capter l'immense énergie marine.

Près de 45 ans après la mise en service de l'usine marémotrice de la Rance près de Saint-Malo, le secteur est en ébullition, avec des projets utilisant la houle ("houlomoteurs") ou des algues, en passant par l'éolien flottant au grand large ou la géothermie marine. La France, qui vise 23% d'énergie renouvelable d'ici 2020, vient surtout de lancer cinq importants appels d'offres d'éoliennes en mer, d'une capacité totale de 3 gigawatts à horizon 2015.