Intoxications aux champignons: «Faire attention à ne pas ramasser n'importe quoi»

INTERVIEW René Chalange est secrétaire général de la société mycologique de France. Il revient sur les récentes intoxications au champignon dans le Sud-Ouest...

Propos recueillis par Mickaël Bosredon

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Les cèpes sont souvent confondus avec les bolets.
Les cèpes sont souvent confondus avec les bolets. — CHANTELAT/SIPA

Les dizaines d’intoxications aux champignons ces derniers jours dans le Sud-Ouest vous surprennent-elles?

Non, il n’y a rien d’étonnant. La plupart des bolets poussent par des températures élevées, c’est donc au mois d’août qu’on en trouve le plus. Mais en ce moment il y a beaucoup de cèpes également, donc il faut juste faire attention à ne pas ramasser n’importe quoi. Or, une grande partie du public manque d’information, et même quand il croit bien connaître la nature, il se trompe souvent.

Ce qui complique la situation, c’est aussi que les tous les bolets ne sont pas toxiques?

La plupart des bolets bleuissent quand on les coupe, et sont à pores rouges, c’est-à-dire qu’ils sont rouges sous le chapeau. Ils sont toxiques crus et peuvent même être encore légèrement toxiques cuits, surtout quand ils sont mal cuits. L’erreur commise par la plupart des personnes intoxiquées ces derniers jours, était généralement très grossière, car il aurait suffi de retourner le champignon, constater que ses pores étaient rouges et non blancs ou jaunes, pour voir qu’il ne s’agissait pas de cèpes. On peut consommer du bolet, à condition de bien les connaître et de bien les choisir, c’est-à-dire éviter, entre autres, le bolet de Satan, le plus redoutable d’entre eux. Et il faut surtout les faire cuire, au moins vingt minutes, après les avoir découpés en petites lamelles.

Est-ce qu’en ce moment, il faut uniquement se méfier des bolets bleuissants?

Non, j’ai été contacté dimanche par le Centre antipoison de Paris, pour une famille intoxiquée à l’Entolome livide. C’est un champignon avec des lamelles roses sur le dessous. Il est assez toxique. Nous avons également trouvé trois Amanites phalloïdes dans l’Essonne. Celui-là, il est mortel si on ne fait rien dans les 4-5 jours suivant sa consommation, or ses effets sont assez insidieux car ils ne se font ressentir que sous 48 h, on ne fait donc plus forcément le lien entre les premiers symptômes et l’absorption du champignon. L’amanite fait encore plusieurs morts par an.

Quelles sont les règles absolues pour éviter de se tromper?

Il n’y a pas de recette miracle. Avant tout il faut bien connaître les champignons, car il y en a des milliers, et certains se ressemblent comme deux gouttes d’eau, mais n’ont pas les mêmes effets.