Plan de lutte contre les algues vertes: quels résultats?

ENVIRONNEMENT En février 2010, le plan de lutte contre les algues vertes était présenté par le gouvernement. Mais les résultats se font attendre...

Audrey Chauvet

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Ramassage d'algues vertes sur la plage de Saint-Michel-en-Grève, le 31 mai 2011.
Ramassage d'algues vertes sur la plage de Saint-Michel-en-Grève, le 31 mai 2011. — LE SAUX LIONEL/SIPA

Eté 2009: un cheval trouvait la mort sur la plage de Saint-Michel-en-Grève dans les Côtes-d’Armor. Pour la première fois, la toxicité des algues vertes était officiellement reconnue et le Premier ministre François Fillon annonçait la mise en place d'une mission interministérielle pour «bâtir un plan d'action pour lutter contre leur prolifération».  En février 2010, ce plan de lutte contre les algues vertes était présenté. Où en est-on plus d’un après?

Guérir puis prévenir?

Deux étapes ont été définies par le plan: la première vise à «assurer une gestion irréprochable des algues vertes » dès 2010-2011, notamment en  «intensifiant le ramassage». La seconde à «obtenir une réduction des flux de nitrates de 30 à 40%» dans les huit baies bretonnes les plus touchées d’ici à 2015. Un «fonctionnement Shadock» pour Jean-Paul Guyomarc'h, de l’association Eaux et rivières de Bretagne: «Le volet curatif du plan a été mis en œuvre rapidement, explique-t-il à 20 Minutes, mais seulement sur les plages les plus touchées ou les plus fréquentées, pas dans les criques peu accessibles. De plus, l’immense tas d’algues à ramasser et les moyens mis en œuvre ne sont pas cohérents», dénonce-t-il.

Le gouvernement souhaitait également renforcer la prévention des risques pour les personnes en contact avec les algues. L’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a publié à cet effet en juillet une série de recommandations . «Les ramasseurs ont maintenant des masques et des dosimètres pour mesurer les émissions gazeuses, mais sur le terrain, quand il fait chaud, j’ai vu des gens travailler sans masque», témoigne Jean-Paul Guyomarc'h qui insiste également sur la sécurité des usagers des côtes. «J’ai vu des touristes assis sur des algues vertes malgré le panneau qui indiquait les risques. Il faut que les mairies et les pouvoirs publics prennent leurs responsabilités et ferment toutes les plages à risque».

Pour Bertrand Guizard, chargé de mission auprès de la préfecture de région à la Mission interdépartementale et régionale de l’eau (MIRE), grâce au ramassage systématique et quotidien des algues, «l’interdiction des plages n’est pas logique, sauf incident exceptionnel». «La sécurisation des sites et des personnes est étendue à toutes les baies de Bretagne, explique-t-il à 20 Minutes. Le public est informé par des panneaux explicatifs et les consignes de sécurité des mairies.»

Deux projets territoriaux de prévention ont été validés

Dans le plan de lutte gouvernemental, c’est le volet préventif qui risque de patauger. L’objectif de réduction des apports en azote dans les cours d’eaux bretons nécessiterait de diviser par trois environ la quantité de nitrates flottant dans les rivières. Pour cela, il faut «sensibiliser et transcrire au niveau agricole les différentes mesures», ce qui représente pour Jean-Paul Guyomarc'h le principal obstacle à la réalisation du plan. «Concrètement, le plan laisse aux acteurs locaux le soin d’élaborer un projet de territoire définissant les actions à mettre en œuvre, explique Bertrand Guizard. Ces projets varient selon les exploitations présentes.»

Bertrand Guizard cite, parmi les actions possibles, la réduction des apports en engrais au sol, «sans perte de rendement non soutenable pour les agriculteurs», l’aménagement du territoire avec des haies bocagères, la valorisation des zones humides qui ont un pouvoir de dénitrification, ou encore un changement de mode de cultures, par exemple en remplaçant des champs de céréales par des surfaces en herbe. Cela suppose le soutien des coopératives agricoles et des industries agro-alimentaires mais passe aussi par des dialogues «parfois rugueux» entre les différents acteurs: «Il a fallu plus d’un an pour valider les deux projets» dans les baies de Lannion et Saint-Michel-en-Grève, explique Bertrand Guizard. Ailleurs, «rien n’est opérationnel», regrette Jean-Paul Guyomarc'h, qui réclame la mise en œuvre d’urgence du projet de la baie de Saint-Brieuc où les sangliers morts ont été trouvés cet été.

La méthanisation fait débat

Autre faille du plan, la «fausse réponse» de la méthanisation. Pour Jean-Paul Guyomarc'h, que l’on méthanise du lisier ou des algues, on «ne peut pas méthaniser de l’eau» dont ces deux matières sont composées à plus de 95%. Il faudra donc ajouter des éléments carbonés, déchets verts voire cultures dédiées, et donc «apporter encore de l’azote, dont la quantité n’est pas réduite par la méthanisation, dénonce-t-il.  La méthanisation n’est pas une réponse à la problématique des excès d’engrais».

Bertrand Guizard nuance: «La méthanisation est neutre par rapport à l’azote, mais le digestat peut être très intéressant pour réduire l’usage d’azote minéral en remplaçant les engrais chimiques. On peut aussi exporter ce digestat séché dans d’autres régions.» La Bretagne n’est encore pas près de se débarrasser de son azote et de ses algues.

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