Du biocarburant à la place de la tequila

ENERGIE L'agave, plante cultivée traditionnellement au Mexique pour produire la tequila, pourrait avoir toutes les qualités pour produire du biocarburant...

A.C.

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Une plantation d'agave, au Mexique, en avril 2011.
Une plantation d'agave, au Mexique, en avril 2011. — AP Photo/Tracie Cone/SIPA

Boire ou conduire, il va (vraiment) falloir choisir: l’agave, plante du désert mexicain, pourrait produire du biocarburant au lieu de servir à la fabrication traditionnelle de tequila, selon une étude parue dans le journal Energy and environmental science. Cette plante présente une qualité rare dans le monde des agro carburants: elle ne pousse pas sur des terres arables, mais sur des terres désertiques, et son utilisation pour fabriquer du carburant ne nuirait pas à l’alimentation humaine… tequila exclue.

L’agave s’adapte bien au changement climatique

L’agave contient naturellement beaucoup de sucre qui pourrait être converti en carburant au lieu d’être transformé en alcool. Une étude complète du cycle de vie de ce carburant a été réalisée pour chiffrer les performances de la plante. Pour chaque mégajoule d’énergie produite, le carburant à base d’agave émet seulement 35g de CO2, contre 85g pour le carburant issu du maïs.

Même si l’éthanol fabriqué à partir de la canne à sucre au Brésil conserve le record de la plus faible émission par mégajoule produit (20g), l’agave nécessite moins d’eau et s’adapterait ainsi plus facilement au changement climatique: «Dans un monde où les surfaces cultivables et les ressources en eau sont de plus en plus rares, c’est un argument majeur dans l’arbitrage entre nourriture et carburant», explique Andrew Smith, scientifique à l’université d’Oxford.

Des tests de production de carburant à base d’agave sont déjà menés en Australie, mais les chercheurs pensent que c’est au Mexique et en Afrique que la production pourrait être la plus importante: dans ces régions, d’anciennes plantations d’agave, cultivée jusque dans les années 1970 pour sa fibre, le sisal, pourraient reprendre du service pour le carburant.

Réduire la demande en carburant sera aussi nécessaire

Les scientifiques britanniques sont bien conscients que l’agave ne va pas sauver le monde: «Il faudra aussi réduire la demande de carburant, car nous n’avons pas assez de place pour produire à la fois des agro-carburants et de l’alimentation, reconnaît Oliver Inderwildi, responsable des programmes de mobilité durable à l’université d’Oxford. Nous n’allons pas pouvoir alimenter toutes les voitures des Etats-Unis avec des biocarburants.»

Des véhicules consommant moins d’énergie et des voitures électriques seront donc nécessaires pour diminuer la demande globale. Selon le scientifique, seules les algues seraient capables de produire une grande quantité de carburant sans entrer en compétition avec les cultures vivrières, mais les techniques pour produire du biocarburant à grande échelle ne seront au point que dans une dizaine d’années au minimum.