Sangliers morts en Bretagne: algues vertes, vase ou bactéries?

HECATOMBE Au total, 32 sangliers ont été retrouvés morts à Morieux, et les raisons de cette hécatombe restent inconnues...

Audrey Chauvet
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Un sanglier mort est photographié le 26 juillet 2011 dans une anse de la baie de Saint-Brieuc sur la commune de Morieux.
Un sanglier mort est photographié le 26 juillet 2011 dans une anse de la baie de Saint-Brieuc sur la commune de Morieux. — AFP PHOTO DAMIEN MEYER

Bien sûr, on a immédiatement accusé les algues vertes, dont la plage de Morieux dans les Côtes-d’Armor est recouverte depuis le début juillet. Mais les autopsies des premiers sangliers découverts gisant sur l’estuaire du Gouessant ont innocenté l’hydrogène sulfuré émis par la décomposition des algues vertes: selon les premiers résultats, les animaux seraient morts en s’enlisant dans la vase. Le mystère reste entier ce mercredi, alors que quatre nouveaux animaux ont été retrouvés morts ce matin, portant à 32 le nombre de victimes.

La piste des algues vertes

Les associations écologistes bretonnes le répètent depuis le début de cette affaire: les algues vertes sont coupables. «La putréfaction des algues vertes produit de la vase hautement toxique qui se mélange au sable», expliquait  Yves-Marie Le Lay, président de l’association Sauvegarde du Trégor, appuyé par André Ollivro, de l’association Sauvegarde du Penthièvre: «Quand les animaux furètent, ils respirent les gaz émanant de la décomposition des algues vertes».

Pour Jean-Paul Guiomar, de l’association Eaux et rivières de Bretagne, interrogé par 20 Minutes, «l’intoxication massive à l’hydrogène sulfuré est la théorie la plus crédible». Ce gaz toxique est déjà à l’origine de la mort d’un cheval en août 2009 sur une plage des Côtes-d’Armor. A l’époque, les gendarmes avaient imputé la mort de l’animal à un étouffement dû à la vase dans laquelle il s’était enlisé.

L’enlisement dans la vase, l’explication officielle

L’autopsie menée sur les deux premiers marcassins avait signalé de la «vase obstruant les voies aériennes», conduisant aussitôt la préfecture des Côtes-d’Armor à conclure à un étouffement. Thèse que le maire de Morieux n’exclut pas, les sangliers n’ayant pas été retrouvés sur la plage envahie par les ulves mais «dans l’estuaire du Gouessant dont l’eau stagnante forme des poches de vase dans lesquelles les animaux qui s’approchent pour boire s’enlisent, explique Jean-Pierre Briens, le maire de Morieux, à 20 Minutes. Les deux marcassins retrouvés il y a dix jours peuvent être morts dans l’estuaire et avoir été emmenés sur la plage par le courant».

Les cyanobactéries, la nouvelle piste

Mardi, l’analyse de l’eau d’une retenue située à proximité du lieu où les sangliers ont été retrouvés morts a révélé un taux de cyanobactéries «au-dessus du seuil d'alerte mais en dessous du seuil de danger», selon la préfecture. Ces cyanobactéries «sont des neurotoxines qui peuvent contaminer voire très affaiblir les sangliers s’ils boivent cette eau», explique Jean-Paul Guiomar à 20 Minutes.

«Des analyses complémentaires vont être effectuées pour savoir quelles toxines sont présentes dans la mare et comparer avec ce que l’on trouve dans le corps des sangliers, poursuit Jean-Paul Guiomar. Le grand nombre de bêtes mortes laisse penser qu’un facteur environnemental ou épidémiologique est possible, voire une conjonction des deux», explique-t-il, n’excluant pas la possibilité d’un virus ou d’une bactérie touchant les animaux.

Les théories fantaisistes

Evidemment, les explications les plus fantaisistes apparaissent: empoisonnement par des Bretons lassés des ravages des animaux, qui seraient en surpopulation dans la région selon certains chasseurs, coma éthylique dû à l’ingestion d’algues fermentées, peste porcine ou retour d’Obélix… Le mystère autour des sangliers stimule l’imagination sur les plages bretonnes.