Agrocarburants: «Ne pas affecter les zones naturelles, tout en augmentant les surfaces agricoles»

ENERGIE Paul Colonna, Directeur scientifique à l'Institut national de la recherche agronomique, revient sur l'annonce de la commission européenne d’un processus pour valider des agrocarburants vertueux...

Propos recueillis par Mickaël Bosredon

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Les pays européens, en pleine réflexion pour définir des "critères durables" pour encadrer la fabrication les biocarburants, envisagent de n'en importer que des pays respectant une dizaine de conventions internationales sur le climat et le travail.
Les pays européens, en pleine réflexion pour définir des "critères durables" pour encadrer la fabrication les biocarburants, envisagent de n'en importer que des pays respectant une dizaine de conventions internationales sur le climat et le travail. — John Macdougall AFP

Bruxelles vient de mettre en place un mécanisme pour valider des agrocarburants vertueux. Qu’en pensez-vous ?

C’est la clé. Dans une volonté de faire baisser les émissions de gaz à effet de serre, dont une des principales sources est la transformation des produits issus du pétrole en CO2, l’Europe souhaite 10% de biocarburants en 2020 au sein de l’Union. Comme il est plus cher il bénéficie d’une réduction de la Tipp. Il y a un engagement de la société, il est normal qu’en retour elle demande des garanties sur les effets réels de ces biocarburants.

Mais qu’est-ce qu’un agrocarburant vertueux ?

Le processus d’agrément pour s’assurer de la durabilité du produit, repose sur deux critères. Le premier fixe une baisse des émissions de gaz à effet de serre aux kilomètres parcourus par litre de carburant produit de 35% en 2017, et 50% en 2020. C’est ambitieux mais pas impossible. Le deuxième critère est de ne pas affecter les zones naturelles, particulièrement les forêts indonésienne et amazonienne qui capturent du CO2, tout en augmentant la surface agricole - ce qui est inéluctable. La commission européenne a labellisé sept mécanismes qui permettent d’y arriver.

Il se pose aussi la controverse sur l’usage des terres, certains estimant qu’un usage alimentaire doit être privilégié.

Cela peut se résoudre avec les agrocarburants de seconde génération, qui n’utiliseront plus la plante, mais ses feuilles et ses tiges, ce qui permet au même champ d’être utilisé pour les deux finalités, alimentaire et carburant.

La commission européenne peut-elle reculer sur ses ambitions en matière d’agrocaburant ?

Non, la cause est entendue. On note déjà une réduction des gaz à effet de serre avec les agrocarburants de première génération, et cela participera à la souveraineté énergétique des Etats, même s’il ne faut pas se leurrer, les agrocarburants ne remplaceront jamais totalement les carburants fossiles. On se dirige vers un mix énergétique, différent selon les pays. Le Brésil a décidé d’investir dans l’éthanol, l’Allemagne dans les éoliennes, la France de poursuivre sur la voie du nucléaire… Mais il n’y aura plus de schéma énergétique simple.

Et quelle peut être la part de biocarburant dans ce mix ?

L’agence internationale de l’énergie a annoncé qu’un quart des carburants pourrait être bio en 2020. Personnellement je ne me risquerai pas à un pronostic.