Un Breton en grève de la faim pour défendre la filière solaire

ENERGIE SOLAIRE Cet entrepreneur spécialisé dans le photovoltaïque veut dénoncer le moratoire sur l'énergie solaire décrété par le gouvernement...

avec Reuters

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Franck Le Borgne fait la grève de la faim pour défendre la filière photovoltaïque, le 19 juillet 2011 à Saint Allouestre, en Bretagne.
Franck Le Borgne fait la grève de la faim pour défendre la filière photovoltaïque, le 19 juillet 2011 à Saint Allouestre, en Bretagne. — SALOM-GOMIS SEBASTIEN/SIPA

Un entrepreneur breton spécialisé dans l'installation de panneaux photovoltaïques a entamé une grève de la faim pour défendre la filière solaire menacée selon lui par des dispositions gouvernementales. Franck Le Borgne, qui ne consomme plus que de l'eau, du café et des jus de fruits, explique avoir été victime comme beaucoup d'autres entreprises du moratoire décrété par le gouvernement en décembre 2010, gelant pour trois mois toutes les demandes de raccordement à ERDF (Electricité Réseau Distribution France).

«Le gouvernement a obligé des dizaines d'entreprises à mettre la clé sous la porte»

L'entrepreneur de 46 ans s'est installé depuis le 11 juillet sous une tente sur le site de Saint-Alouestre, dans le Morbihan, où sa société a réalisé au printemps 2010, pour un investissement d'1,5 million d'euros, quatre projets de production d'énergie solaire qui ne peuvent être exploités, faute de raccordement au réseau de distribution d'EDF. Auparavant, les raccordements, indispensables à la distribution de l'énergie solaire, étaient attribués sur dossier avec un prix de rachat du kilowatt/heure déterminé selon les types d'installation.
«Je suis là pour que l'on me laisse faire mon métier et qu'on nous redonne le droit de produire de l'énergie solaire», a déclaré à Reuters Franck Le Borgne, gérant de la société One Network Energies, basée à Ploemeur, dans le Morbihan. «On nous a dit que les tarifs étaient trop élevés et qu'il fallait remettre à plat la filière. Le résultat, c'est qu'après nous avoir encouragé dans ces technologies innovantes, le gouvernement a ouvert la porte aux spéculateurs et a obligé des dizaines d'entreprises à mettre la clé sous la porte», dénonce Franck Le Borgne. Selon l'association «Touche pas à mon panneau solaire», une entreprise sur deux aurait été touchée par les effets du moratoire, entraînant le licenciement de 15.000 personnes.

160 porteurs de projets «au bord du suicide»

Lundi, la ministre de l'Écologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, a annoncé le lancement au 1er août d'importants appels d'offres dont les résultats seraient connus en mars ou avril 2012. «Ce sont des délais impossibles à tenir pour la plupart d'entre nous et le meilleur moyen de faire disparaitre ce qu'il restait de la filière», s'insurge Franck Le Borgne. L'entrepreneur, qui emploie une quinzaine de personnes, dit en outre avoir été victime de lenteurs administratives de la part d'ERDF et que son dossier pour le site de Saint-Alouestre aurait du être validé bien avant le moratoire de décembre.
Dans une lettre ouverte adressée mardi à Nicolas Sarkozy, il met en cause «la poigne de fer» du chef de l'Etat «poussant au bord du suicide plus de 160 porteurs de projets». Plusieurs élus locaux et régionaux ont manifesté leur soutien au gréviste de la faim qui a également reçu une lettre de soutien d'Eva Joly, candidate d'Europe Ecologie-Les Verts à l'élection présidentielle de 2012.